Force dans la faiblesse

Dans la deuxième lecture St. Paul annonce « le Messie crucifié ». Paul est conscient que cette proclamation est une folie et normalement ne doit avoir aucune signification pour qui que ce soit, le Messie ayant humainement échoué et de plus de façon scandaleuse (Dt 21, 23). Alors on peut se poser la question d’où vient cette conviction de Paul, son attachement à une telle proclamation étrange qui est «scandale pour les Juifs, et folie pour les Grecs». A mon avis il y a au moins trois motivations de l’Apôtre.

D’abord Jésus ressuscité s’est révélé à lui. En plus il s’est montré non comme un vainqueur puissant, mais comme celui qui est toujours désarmé malgré la victoire. Cela exprime bien les mots de Jésus adressés à Paul : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? (Ac 9, 4) ».

Ensuite l’Apôtre annonce ce message inhabituel parce qu’il se heurte à sa propre impuissance. On ne sait pas ce que c’est, on ne connaît que le fait qu’il rapporte lui-même dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, son expérience (2 Co 12, 7-9). Paul a vraiment éprouvé que la force se révèle dans l’impuissance. A partir de ce moment, Paul proclame la loi qu’il a lui-même découverte :

« … lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort »
(2 Co 12, 10)

En même temps, il est totalement conscient de cette étrangeté parce qu’il conclut : « Me voilà devenu insensé (2 Co 12, 11) ». Oui, c’est une folie de dire que la puissance est bien cachée dans l’impuissance. On voit maintenant de façon plus claire comment Paul a perçu ce qui s’appelle : la grâce.

J’ai résolu de dire la troisième raison de cette proclamation surprenante de Paul. Alors il ne s’agit pas seulement du contenu, mais aussi de la façon de l’exprimer. L’Apôtre prêche comme quelqu’un de simple, même tremblant, malgré sa bonne formation, par contre ouvert à l’action de l’Esprit Saint et en même temps il en perçoit les effets c’est-à-dire les gens qui se convertissent. Paul décrit ce processus à la communauté de Corinthe (1 Co 2, 1-5).

Bref : d’où vient cette « loi » bizarre que la puissance se manifeste dans la faiblesse ? Finalement, de la croix et de la résurrection de Jésus Christ. Elle nous dit : la vie est cachée dans la mort ; dans l’échec il y a le gain. Autrement dit : la grâce de Dieu agit fructueusement surtout là où nous sommes perdus et totalement impuissants (Rm 5, 20).


P. JAN JANKOWSKI
Curé de la Paroisse Bonne Nouvelle à Béziers