NUIT OBSCURE NOCHE OSCURA

POÉSIE DE SAINT JEAN DE LA CROIX

Texte en espagnol lu par Gladys Madera-Lozanos pour la 1ère et 8ème strophe
en français lu parJacques Biau pour les strophes 1 à 4
par Sœur Françoise pour les strophes 5 à 8

 

1 Dans une nuit obscure,
Par un désir d’amour tout embrasée
Oh ! l’heureuse aventure !
Je sortis sans être vue,
Ma maison étant désormais apaisée.

En una noche oscura
con ansias en amores inflamada
oh dichosa ventura !
salí sin ser notada
estando ya mi casa sosegada,

 2 Dans l’obscure et en sûreté,
Par l’échelle secrète déguisée
Oh ! l’heureuse aventure !
A l’obscure et en cachette,
Ma maison étant désormais apaisée.

3 Au sein de la nuit bénie,
En secret – car nul ne me voyait,
Ni moi je ne voyais rien
Sans autre lueur ni guide
Hors celle qui brûlait en mon cœur

4 Et celle-ci me guidait,
Plus sûre que celle du midi,
là où m’attendait
Que je connaissais déjà,
Sans que nul en ce lieu ne parût.

 5 Ô nuit qui m’a guidée !
Ô nuit plus aimable que l’aurore !
Ô nuit qui as uni
L’Aimé avec son aimée,
L’aimée en son Aimé transformée

6 Sur mon cœur couvert de fleurs,
Qui entier pour lui seul se gardait,
Là il s’endormit
Et moi je le caressais,
Et l’éventail de cèdres aérait

7 L’air du créneau,
Quand moi j’écartais ses cheveux,
De sa main sereine,
Au cou me blessait,
Et tous mes sens tenait en suspend

8 Je me tins coi, dans l’oubli,
Le visage penché sur l’Aimé.
Tout cessa. Je m’abandonnai,
Abandonnant mon souci,
Parmi les lis, oublié.

Quedéme y olvidéme
el rostro recliné sobre el amado ;
cesó todo, y dejéme
dejando mi cuidado
entre las azucenas olvidado.