Un événement marquant

LA MÉDITATION DU PÈRE BERNARD

Nous entrons dans la Semaine Sainte avec ce thème :

« Pour la gloire de Dieu et le salut du monde »

Des événements qui se sont passés dans un tout petit pays de la planète, prétendent concerner à la fois le ciel et la terre, la gloire de Dieu et le salut du monde. Des événements qui se sont déroulés en quelques jours prétendent marquer une césure dans le temps, un événement central qui éclaire tout à la fois notre origine et notre accomplissement final.

Certaines personnes affirment qu’il y a eu, dans leur vie, un événement central après lequel elles ont relu différemment leur passé et vécu différemment leur avenir.

Dans nos vies, sans doute plus modestement, il y a des événements marquants qui ont transformé notre regard sur nous-même et notre histoire et qui ont fait évolué notre comportement : une rencontre, un deuil, un engagement, une réussite, un échec… 
La Semaine Sainte est un événement, le surgissement de Dieu dans l’histoire de l’humanité. Non point une manifestation éclatante de Dieu qui nous aurait écrasée et terrorisée, mais au cœur le plus noir de notre condition humaine, une puissante tendresse que la cruauté n’a pas pu vaincre. Tel est le rayonnement de la gloire de Dieu. Telle est la victoire dont la douce déflagration va se diffuser comme onde bénéfique.

Ouvre-toi aujourd’hui à cette puissance de vie qui surgit encore de cette semaine sainte entre toutes.

Moi en eux, et toi en moi

ÉVANGILE SELON SAINT JEAN  17

Père, j’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un,
comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN: moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un,
afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis,
ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

MÉDITATION DE SOEUR BÉATRICE

Ce passage de l’Évangile de Saint Jean est le dernier chapitre avant que ne commence le récit de l’arrestation et de la passion du Christ. Ce chapitre 17 est le seul passage du NT qui nous rapporte une prière aussi longue de Jésus adressée à son Père en faveur de ses disciples d’abord, puis en faveur de ceux qui croiront en Lui grâce à leurs prédications. Jésus sait bien qu’il va mourir et les laisser, il les prend dans ses mains pour les présenter au Père et prie pour eux.

« Sanctifie-les par la vérité : ta parole est vérité… pour eux je me sanctifie moi-même afin qu’ils soient eux aussi sanctifié dans la vérité »

Nous avons une relation avec un Père Saint, alors que nous vivons au milieu d’un monde corrompu, d’où notre responsabilité de marcher et de vivre de manière qui glorifie notre Père Saint. 

« Je ne prie pas pour eux seuls… »

Le Christ a pensé non seulement à ses apôtres qui étaient près de Lui mais aussi à tous ceux qui recevraient dans leur cœur sa parole, la prédication de ses apôtres. Car ils prêcheront ce qu’ils ont reçu dans leur cœur, ce qu’ils ont vu, touché, contemplé et entendu du Fils de Dieu, le Christ. La finalité ici est que, tous les croyants, fidèles du Christ, nous puissions tous constituer une communion autour de Lui en ayant: les mêmes pensées et les mêmes sentiments et que nous entrions, enfin de compte dans la joie de son royaume.

« Que tous soient un »

Entre le Père, le Fils et le Saint Esprit il y a un amour éternel et parfait. Le Seigneur a fait cette demande pour tous ceux qui croient en Lui, qu’ils soient un comme lui-même est en communion parfaite avec son Père. En effet, les croyants sont appelés à prendre part dans la communion trinitaire afin que le dessein de Dieu s’accomplisse entièrement.

Cette unité nous dit quelque chose du dessein de l’humanité qui est appelée à l’unité pour la parfaite manifestation de la gloire de Dieu. Les vies humaines sont unies, rassemblées pour appartenir, selon le désir de Dieu, à la grande famille des enfants de Dieu sauvés en Jésus Christ.

Dans l’Eucharistie le Christ vient à nous par le signe du pain partagé, signe concret de l’amour infini du Père qui est toute sa vie. L’Esprit Saint est le sceau de l’unité du Père et du Fils.

Jésus prie pour que nous soyons un, pour l’unité de chaque personne, l’unité intérieure. Cela s’obtient par l’union avec Dieu. Ce qu’Il désire c’est  l’union avec l’homme, la personne que nous sommes, d’une union telle que le Christ soit en nous et nous en Lui pour la gloire infinie de Dieu le Père.

L’humain, « être social »

LA MÉDITATION DE DENIS LEFEBVRE
Méditation sur notre expérience de faire partie d’une communauté. L’humain « être social »

Tout petit, j’ai expérimenté la vie communautaire avec mes deux frères (de 2 et 3 ans plus jeunes) pendant environ 10 ans. Nos parents nous ont appris et aidés à respecter les règles du vivre ensemble, et j’en garde un excellent souvenir. Beaucoup plus tard, j’ai participé plus de 10 ans aux activités de la communauté du Chemin Neuf avec ma femme et nos 4 enfants. Cette fois-ci, c’est Dieu notre Père et Jésus qui, par leur enseignement et par l’intermédiaire de l’Esprit Saint, nous ont aidés à vivre ensemble en nous respectant, en nous considérant comme des frères et sœurs.

Dans la famille comme dans la communauté, on ne choisit pas ses frères et ses sœurs. La vie communautaire m’a permis de découvrir que chaque personne est capable d’amour, de générosité, recèle en elle une part de beauté, même lorsqu’au premier abord je ne me sens pas du tout attiré par elle ou par lui.

Au Chemin Neuf, c’est bien le Seigneur qui nous réunissait. Nous l’invoquions avant les temps d’échange en petit ou grand groupe, pour qu’il nous aide à nous écouter avec bienveillance, à nous dire avec confiance, à entendre sa parole à travers nos frères et sœurs. Les témoignages de vie, très présents dans les temps de session, m’ont beaucoup aidé dans ma foi, dans ma vie de couple, et dans ma vie tout court. Les rencontres en communauté m’ont aussi permis de créer des amitiés. Me sentir relié par un même Père et une même foi m’ont aidé à faire la connaissance de membres de la communauté dans d’autres cultures (Burkina, Nouvelle Calédonie, Guadeloupe).

Tous ces liens m’ont apporté beaucoup de joie.

Donner, de sa vie

Évangile selon St Marc 12/41-44

Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu,

mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

 

Méditation de Claude et Jean de Thélin

Je me mets avec les disciples qui voient Jésus assis, et je me remémore ce qui vient de se passer… Par trois fois Jésus a annoncé sa passion, sa mort et sa résurrection. Il est revenu à Jérusalem pour y être affronté à tous ses adversaires. Il vient à l’instant de stigmatiser les scribes qui dévorent les maisons des veuves, et maintenant il est assis devant le trésor du temple.
Avec Jésus je regarde la foule… Il y a beaucoup de riches qui lancent dans le trésor de grosses pièces qui font du bruit… Puis vient cette femme, pauvrement vêtue… elle me fait penser à ces vieilles personnes que nous avons vues dans nos villages, tout de noir vêtues, avec un fichu sur la tête. Elle jette dans le trésor deux piécettes, à peine un quart d’as… Personne n’y fait attention.

Et j’entends Jésus qui appelle ses disciples et qui va commenter ce à quoi nous venons d’assister, et qui nous a semblé banal. Et voilà qu’il nous dit que cette veuve qui est pauvre a mis plus que tous ces riches qui ont mis de grosses sommes dans le trésor. Elle en effet a mis tout ce qu’elle avait, elle a fait le don de sa pauvreté, et plus encore de tout ce qu’elle avait pour vivre, de sa vie dit le texte grec.

Jésus est touché par cette femme qui lui révèle le geste qu’il va faire en offrant sa vie par amour pour nous. Il va se faire pauvre et plus que pauvre, mourir comme un malfaiteur, et donner sa vie pour tous ceux qu’il aime. J’entends ces paroles transmises par l’Évangile de Jean :

« Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne ».

Je peux relire tout le récit de la Passion et contempler ce don total du Christ en croix. Lorsque je participe à l’Eucharistie, je participe à ce mémorial du don du Christ qu’Il nous a laissé en disant :

« Ceci est mon corps, livré pour vous. »

Le don de soi, un fruit de la reconnaissance

Du Livre du Deutéronome 26

01 Lorsque tu seras entré dans le pays que te donne en héritage le Seigneur ton Dieu, quand tu le posséderas et y habiteras, 02 tu prendras une part des prémices de tous les fruits de ton sol, les fruits que tu auras tirés de ce pays que te donne le Seigneur ton Dieu, et tu les mettras dans une corbeille. 
Tu te rendras au lieu que le Seigneur ton Dieu aura choisi pour y faire demeurer son nom.

03 Tu iras trouver le prêtre en fonction ces jours-là et tu lui diras : « Je le déclare aujourd’hui au Seigneur ton Dieu : je suis entré dans le pays que le Seigneur a juré à nos pères de nous donner.» 04 Le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu.

05 Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. 06 Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. 07 Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. 08 Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges. 09 Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel. 10 Et maintenant voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Ensuite tu les déposeras devant le Seigneur ton Dieu et tu te prosterneras devant lui. 11 Alors tu te réjouiras pour tous les biens que le Seigneur ton Dieu t’a donnés, à toi et à ta maison. Avec toi se réjouiront le lévite, et l’immigré qui réside chez toi.

La méditation de Vincent Leclair

Depuis la sortie d’Égypte, le peuple élu, en chacun de ses membres, est invité sans cesse à clamer sa reconnaissance : Dieu nous a libérés, il nous a donné une terre! Ce mémorial s’inaugure ici dans une liturgie dont la simplicité fait ressortir la dynamique de toute action de grâce.
D’abord, se mettre en route, vers la présence de Dieu. Non pas sans préparatif, mais en emportant des fruits du travail, fruits du don reçu.
En ce lieu, faire mémoire de ce que Dieu a fait pour la communauté et fait encore dans ma vie. Il entend, il voit, il libère, il conduit, il donne…

Au cœur de la démarche : offrir. C’est-à-dire reconnaître par le don en retour que ce qui a été reçu vient gracieusement de Dieu. Des fruits de la terre, nous pouvons élargir l’offrande à tout ce qui dans notre vie est marqué d’amour inconditionnel, de miséricorde, de don de soi…

Enfin, l’action de grâce s’accomplit dans la réjouissance débordante, à laquelle l’entourage le plus large est convié, celui qui n’a rien à offrir comme celui qui n’est pas d’ici. Ainsi, l’action de grâce (sens du mot « eucharistie ») manifeste que le don de Dieu est pour tous. Démarche personnelle, elle s’élargit au nom et au bénéfice du plus grand nombre.

« Ce qui veut dire le besoin où nous sommes de l’autre pour faire Eucharistie: « pour nous et pour la multitude »
— Christian de Chergé

Se donner et se recevoir

La méditation du Père Bernard

Au commencement était le don.

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? »
— 1ère Lettre au Corinthiens 4,7

Émerveillement devant la vie qui éclot, l’aurore qui chasse la nuit, l’eau qui désaltère, le sourire qui illumine le visage, le regard de tendresse, la bonne nouvelle du pardon, la vie en plénitude, celle qui traverse la mort.
 Que ton émerveillement ne se limite pas à ce que tu as reçu, à ce tu reçois. Qu’il s’élargisse pour embrasser aussi ce que tu donnes, ce que tu es capable de donner. Ta vie n’est pas faite que de calcul, d’échanges marchants, elle est faite aussi de gratuité. Et tu le sais bien, lorsque tu fais un cadeau, que ce soit un sourire, une parole ou un objet ce n’est pas une « chose » que tu donnes, c’est un peu de toi même qui est offert. Ainsi se déploient les relations humaines, dans la gratuité du recevoir et du donner. Ainsi tu peux t’émerveiller de la vie en croissance.
 En cette méditation, nous sommes déjà dans l’eucharistie, c’est à dire dans l’action de grâce. Dimanche lorsque le pain et le vin seront portés à l’autel tu verras dans la patène et le calice la création que tu offres à Dieu et tu t’offriras toi-même à travers le geste du prêtre. Et Jésus, le Christ notre Seigneur, qui n’a rien d’autre à donner que lui-même, s’offrira à toi et à nous dans le pain partagé. Tu y reconnaîtras celui que les hommes ont crucifié mais qui a su offrir par amour la vie qu’on lui prenait. Tu y reconnaîtras celui que le Père a fait surgir de la mort et qui est devenu source de « vie vivante » pour notre chair.