Consignes « bizarres » de Paul

« …ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment ».

Qu’est-ce que signifient ces paroles mystérieuses de St. Paul adressées à la communauté chrétienne de Corinthe vers les années 50? Est-ce que Paul veut simplement faire la morale ?

L’Apôtre écrit sa lettre dans le contexte de l’attente du retour du Christ, « le jour du Seigneur » (1 Co 1 ,8) doit venir assez vite. Pour cela « le temps est limité » (littéralement : « le temps est raccourci »). Donc en vue de ce retour du Christ, Paul donne ces consignes « bizarres ». Ainsi il nous montre une autre perspective que celle à laquelle nous sommes habitués : de chercher notre accomplissement uniquement dans la vie actuelle en s’enracinant de plus en plus dans nos projets de famille, de boulot… et finalement en rentrant dans la logique de la consommation : toujours plus, toujours au maximum. Bien qu’avec le temps ces projets se montrent non rarement comme les illusions réfutées douloureusement par l’expérience de la vie quotidienne.            

Paul nous donne une autre recette : avoir d’avant tout, un cœur attaché surtout au Seigneur (littéralement : dans la persistance inséparablement avec le Seigneur, 1 Co 7, 35). Ce n’est pas une sagesse humaine. Tout se passe ainsi sur une condition nécessaire, si nous sommes appelés ou pas. Cet appel, d’être touché par Jésus, est décisif pour Paul (1 Co 7 20). Lui-même, Paul se nomme comme : KLETOS APOSTOLOS c’est à dire « l’apôtre appelé » (1 Co 1, 1).

Le moment où on a été appelé par le Seigneur c’est un temps spécial, un temps pivot à partir duquel on vit autrement, en gardant toujours le même « état» de sa vie personnelle (soit de l’esclavage de l’époque, soit du célibat soit du mariage 1 Co 7, 17-27). Quand même, cet appel change tout, comme une révolution copernicienne.

P. Jan