Entrailles de la miséricorde de Dieu
Depuis une ou deux semaines, les textes de l’Évangile selon saint Matthieu nous parlent des conflits au sein de la communauté chrétienne. Aujourd’hui, Pierre pose, comme d’habitude, une question très réaliste : « Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? » En réponse, Jésus lui raconte une parabole. Ce qui est frappant dans ce récit, c’est que le serviteur demandait simplement qu’on lui accorde un délai pour rembourser sa dette, alors qu’il reçoit une remise complète de celle-ci. Ce qui est également frappant, c’est la disproportion absolument vertigineuse entre les deux dettes évoquées dans le texte : dix mille talents d’un côté, et cent pièces d’argent de l’autre – soit, en valeur approximative, un rapport de 600 000 contre 1. Le maître reproche alors au mauvais serviteur de ne pas avoir remis à son compagnon sa petite dette : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? »
Dans ce texte, nous trouvons le mot grec ELEĒSAI, qui signifie « avoir pitié », ou « faire miséricorde ». Et un peu plus tôt, nous trouvons une autre expression très intéressante : « saisi de compassion », en grec SPLAGCHNISTHEIS, que l’on pourrait traduire littéralement par : « être ému dans ses entrailles ». Dans l’Évangile selon saint Luc (1,78), nous trouvons justement ces deux mots réunis dans l’expression grecque : SPLAGCHNA ELEOUS THEOU – « les entrailles de la miséricorde de Dieu ».
En hébreu, la miséricorde est notamment exprimée par les termes HESED et RAḤAMIM. Ce deuxième terme est particulièrement intéressant, parce qu’il est lié au mot REḤEM, qui signifie « le sein maternel ». Ainsi, on peut dire, de façon métaphorique, que la miséricorde de Dieu est liée à ses « entrailles », à son « sein maternel ». En d’autres termes, la miséricorde de Dieu est une source de vie, une source qui donne naissance à une vie nouvelle. Alors le pardon de Dieu nous fait renaître et nous donne la véritable liberté. Par conséquent, ceux qui ont vraiment fait l’expérience de cette miséricorde sont appelés, à leur tour, à transmettre aux autres cette vie nouvelle et cette libération intérieure, en accordant leur pardon à ceux qui sont devenus leurs débiteurs.
À la fin, je laisse la parole à la « secrétaire de la Miséricorde », sœur Faustine, qui note dans son Journal, le 24 septembre 1936 :
« Ma fille, parle au monde entier de Mon inconcevable miséricorde. Je désire que la fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge de toutes les âmes, et particulièrement de celles des pauvres pécheurs. Ce jour-là, les entrailles de Ma miséricorde sont ouvertes. Je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de Ma miséricorde. Toute âme qui s’approchera de la Confession et de la Sainte Communion recevra le pardon complet de ses fautes et la rémission de sa peine. En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoule la grâce. Qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de Moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate.
Ma miséricorde est si grande que, pendant toute l’éternité, aucun esprit, ni humain ni angélique, ne saurait approfondir tout ce qui est sorti des entrailles de Ma miséricorde. Chaque âme, en relation avec Moi, méditera Mon amour et Ma miséricorde durant toute l’éternité. La fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles. Je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques (J 19,26). Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de Ma Miséricorde. »
Père Jan Jankowski
La scène est émouvante. Une femme vient à la rencontre de Jésus. Elle n’appartient pas au peuple élu. Elle est païenne. Elle vient du peuple maudit des Cananéens, qui avait tant combattu Israël. C’est une femme seule et sans nom. Peut-être est-elle mère célibataire, veuve ou a-t-elle été abandonnée par les siens.
D’autres fois, le mystère de Dieu nous semble insurmontable. Le dernier mot sur ma vie m’échappe et il est difficile de m’abandonner au mystère: ma raison continue de chercher, insatisfaite, une lumière claire et irréfutable qu’elle ne trouve pas et ne pourra jamais trouver.
Dans nos communautés chrétiennes, nous constatons la diminution des forces vives, la difficulté de trouver des bénévoles, le vieillissement de certaines assemblées, et nous pourrions être tentés de penser que nous n’avons plus les moyens de répondre aux attentes qui nous entourent.
L’attitude des «savants» était différente. Caïphe et les prêtres de Jérusalem le voyaient comme un danger. Les maîtres de la loi ne comprenaient pas pourquoi il se souciait tant de la souffrance des gens en oubliant les exigences de la religion. C’est pour cela que, parmi les disciples les plus proches de Jésus, il n’y avait ni prêtres, ni scribes, ni docteurs de la loi.
Pourtant, donner est tout autre chose. Le geste de donner est l’expression la plus riche de la vitalité, de la richesse et du pouvoir créateur. Lorsque nous donnons vraiment quelque chose, nous nous sentons pleins de vie, débordants, capables d’enrichir les autres, même si ce n’est que modestement. «Seul l’amour rend la vie digne d’être vécue. Seule l’aide apportée aux autres procure la grande joie de vivre» (Karl Tillmann).
C’est pourquoi Jésus nous invite à une double attitude :
Nous avons besoin d’écouter à nouveau les paroles de Jésus pour redécouvrir la véritable mission des croyants au sein de cette société. C’est ainsi que l’évangéliste Matthieu rapporte son mandat: «Allez et proclamez que le royaume des cieux est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement».
Saint Paul nous encourage avec des mots simples et concrets : « soyez dans la joie », « encouragez-vous », « vivez en paix ». Ces appels rejoignent notre quotidien, avec ses joies mais aussi ses tensions ou ses fatigues. Ils nous rappellent que la foi se vit concrètement dans nos relations, car la présence même de Dieu se manifeste là où la paix et l’unité grandissent : « et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous ».