APPRENDRE DES PERSONNES SIMPLES

Jésus n’avait aucun problème avec les gens simples de son peuple. Il savait qu’ils le comprenaient. Ce qui l’inquiétait, c’était de savoir si les chefs religieux, les spécialistes du droit, les grands maîtres d’Israël comprendraient un jour son message. Chaque jour, cela devenait de plus en plus évident: ce qui remplissait de joie les gens simples laissait les grands, indifférents.

Ces paysans qui vivaient en se défendant de la faim et des grands propriétaires terriens le comprenaient très bien: Dieu voulait les voir heureux, sans faim ni oppresseurs. Les malades lui faisaient confiance et, encouragés par leur foi, ils croyaient de nouveau au Dieu de la vie. Les femmes qui osaient sortir de chez elles pour l’écouter sentaient que Dieu devait aimer tel que Jésus le disait: avec des entrailles de mère. Les gens simples du peuple étaient en syntonie avec lui. Le Dieu qu’il leur annonçait était celui qu’ils désiraient et dont ils avaient besoin.

L’attitude des «savants» était différente. Caïphe et les prêtres de Jérusalem le voyaient comme un danger. Les maîtres de la loi ne comprenaient pas pourquoi il se souciait tant de la souffrance des gens en oubliant les exigences de la religion. C’est pour cela que, parmi les disciples les plus proches de Jésus, il n’y avait ni prêtres, ni scribes, ni docteurs de la loi.

Un jour, Jésus révéla à tous ce qu’il ressentait dans son cœur. Rempli de joie, il pria Dieu ainsi: «Je te remercie, Père, Seigneur du ciel et de la terre, car tu as caché ces choses aux sages et aux savants et tu les as révélées aux gens simples».

C’est toujours pareil. Le regard des gens simples est, d’ordinaire, plus propre. Il n’y a pas tant d’intérêt tordu dans leurs cœurs. Ils vont à l’essentiel. Ils savent ce que c’est que de souffrir, de se sentir mal et de vivre sans sécurité. Ils sont les premiers à comprendre l’évangile.

Ces gens simples sont le meilleur que nous avons dans l’Église. Nous devons apprendre d’eux; nous, évêques, théologiens, moralistes et érudits religieux. Dieu leur révèle quelque chose qui nous échappe. Nous les ecclésiastiques, nous risquons de trop rationaliser, théoriser et «compliquer» notre foi. Juste deux questions: pourquoi y a-t-il une telle distance entre notre parole et la vie des gens? Pourquoi notre message est-il presque toujours plus obscur et plus compliqué que celui de Jésus?

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

APPRENDRE À DONNER

APPRENDRE À DONNER

Il n’est parfois pas si facile de répondre aux questions les plus simples. Nous avons souvent entendu dire qu’aimer, c’est donner. Mais qu’est-ce que donner? Beaucoup pensent que donner, c’est simplement se priver de quelque chose, renoncer à quelque chose, «se sacrifier» en se détachant de quelque chose. Nous sommes tellement conditionnés par notre société d’abondance et tellement enclins à posséder, accumuler et gagner, que «donner» nous semble improductif. Un appauvrissement que nous ne sommes pas prêts à accepter. Dans notre société, celui qui donne sans recevoir est une personne peu pratique, peu réaliste, peu intelligente.

Pourtant, donner est tout autre chose. Le geste de donner est l’expression la plus riche de la vitalité, de la richesse et du pouvoir créateur. Lorsque nous donnons vraiment quelque chose, nous nous sentons pleins de vie, débordants, capables d’enrichir les autres, même si ce n’est que modestement. «Seul l’amour rend la vie digne d’être vécue. Seule l’aide apportée aux autres procure la grande joie de vivre» (Karl Tillmann).

Donner, c’est être vivant et riche. Celui qui a beaucoup et ne sait pas donner n’est pas riche. C’est un homme petit, impuissant, appauvri, quoi qu’il possède. En réalité, seul celui qui est capable de donner quelque chose de lui-même aux autres est riche.

Nous avons tous besoin d’écouter plus attentivement et plus profondément les paroles de Jésus. Même le verre d’eau fraîche que nous savons donner à un pauvre assoiffé ne restera pas sans récompense. Nous devons apprendre à donner ce qui est vivant en nous et peut faire du bien aux autres: notre joie, notre compréhension, notre encouragement, notre espérance, notre accueil ou notre proximité.

Souvent, il ne s’agit pas de choses grandes ou spectaculaires. Simplement «un verre d’eau fraîche» : un sourire accueillant, une écoute sans précipitation, une aide pour remonter le moral, un geste de solidarité, une visite, un signe de soutien et d’amitié. Ne l’oublions pas. Au fond de la vie, il y a quelqu’un qui bénit, accueille et récompense chaque geste d’amour, aussi petit soit-il à nos yeux. Il s’appelle Dieu, notre Père.

José Antonio Pagola
Traduction: Carlos Orduna

 « Ne craignez pas ! »

                             

« Ne craignez pas ! »

 

Voilà les paroles que Jésus répète à trois reprises à ses Apôtres dans l’Évangile de ce dimanche. Trois fois, comme pour bien ancrer cette invitation au cœur de ceux qui le suivent. Cette injonction résonne avec les paroles de Saint Jean-Paul II à la jeunesse lors des JMJ de Paris : « N’ayez pas peur ». Nous vivons pourtant dans un monde où la peur prend bien des visages : peur de l’avenir, peur du regard des autres, peur de témoigner de sa foi, peur de l’indifférence ou des moqueries, peur parfois même de l’hostilité. Jésus ne nous dit pas que ces peurs sont imaginaires. Il nous dit simplement qu’elles ne doivent pas nous paralyser.

 

Il nous rappelle une vérité fondamentale : nous ne sommes pas abandonnés. Le Père, qui veille sur chaque moineau, connaît même le nombre de cheveux sur notre tête. Nous avons une valeur infinie à ses yeux. Cette certitude change tout.

 

C’est pourquoi Jésus nous invite à une double attitude :

  • Parler sans crainte. Ce que nous avons reçu dans l’intimité de la prière et de l’écoute de la Parole, nous sommes appelés à le vivre au grand jour. Notre foi n’est pas une affaire privée, elle est faite pour être proclamée « sur les toits ».
  • Rester fidèle. Celui qui reconnaît le Christ devant les hommes sera reconnu par lui devant le Père. L’enjeu est grand, mais la grâce l’est encore davantage.

Dans nos familles, nos lieux de travail, nos engagements, nous sommes parfois tentés de taire notre foi pour éviter les conflits ou par simple timidité. L’Évangile de ce dimanche nous libère : la peur n’a pas le dernier mot. Le Seigneur nous précède et nous accompagne.

 

Puissions-nous, en cette semaine, oser un petit pas supplémentaire : un geste de charité visible, une parole d’espérance donnée, un témoignage simple et vrai. Car là où nous osons parler de Lui, c’est Lui qui parle à travers nous.

Que la Vierge Marie, qui a dit « oui » sans crainte malgré les incertitudes, nous obtienne la grâce d’une foi courageuse et joyeuse.

Bon dimanche à toutes et à tous .

Samuel Talon

Membre du CPP de Bonne Nouvelle

PROGRAMME LIBÉRATEUR

PROGRAMME LIBÉRATEUR

Beaucoup de chrétiens pensent vivre leur foi de manière responsable parce qu’ils se soucient de respecter certaines pratiques religieuses et s’efforcent d’ajuster leur comportement à des lois morales et à des normes ecclésiastiques.

De même, de nombreuses communautés chrétiennes pensent accomplir fidèlement leur mission parce qu’elles s’efforcent d’offrir des services de catéchèse et d’éducation à la foi, et s’efforcent de célébrer dignement le culte chrétien.

Est-ce là tout ce que Jésus voulait mettre en œuvre en envoyant ses disciples dans le monde? Est-ce là la vie qu’il voulait insuffler au cœur de l’histoire?

Nous avons besoin d’écouter à nouveau les paroles de Jésus pour redécouvrir la véritable mission des croyants au sein de cette société. C’est ainsi que l’évangéliste Matthieu rapporte son mandat: «Allez et proclamez que le royaume des cieux est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement».

Notre première tâche aujourd’hui est également de proclamer que Dieu est proche de nous, déterminé à sauver le bonheur de l’humanité. Mais cette annonce d’un Dieu sauveur ne se fait pas seulement par des discours et des paroles suggestives. Elle ne se garantit pas seulement par la catéchèse ou les cours de religion. Jésus nous rappelle la manière de proclamer Dieu: travailler gratuitement pour insuffler une nouvelle vie aux hommes.

«Guérir les malades», c’est-à-dire libérer les personnes de tout ce qui leur vole la vie et les fait souffrir. Guérir l’âme et le corps de ceux qui se sentent détruits par la douleur et angoissés par la dureté impitoyable de la vie quotidienne.

«Ressusciter les morts», c’est-à-dire libérer les personnes de ce qui bloque leur vie et tue leur espérance. Réveiller l’amour de la vie, la confiance en Dieu, la volonté de lutter et le désir de liberté chez tant d’hommes et de femmes chez qui la vie s’éteint peu à peu.

«Purifier les lépreux», c’est-à-dire purifier cette société de tant de mensonges, d’hypocrisie et de conventionnalisme. Aider les gens à vivre avec plus de vérité, de simplicité et d’honnêteté.

«Chasser les démons», c’est-à-dire libérer les personnes de tant d’idoles qui nous asservissent, nous possèdent et pervertissent notre vie commune. Là où l’on libère les personnes, là on annonce Dieu.

José Antonio Pagola

Traduction: Carlos Orduña

« Soyez dans la joie », « encouragez-vous », « vivez en paix ».

Edito :    

« Soyez dans la joie », « encouragez-vous », « vivez en paix ».

 

Les paroles de saint Paul et de l’Évangile nous invitent aujourd’hui à revenir à l’essentiel de notre vie chrétienne.

 

Saint Paul nous encourage avec des mots simples et concrets : « soyez dans la joie », « encouragez-vous », « vivez en paix ». Ces appels rejoignent notre quotidien, avec ses joies mais aussi ses tensions ou ses fatigues. Ils nous rappellent que la foi se vit concrètement dans nos relations, car la présence même de Dieu se manifeste là où la paix et l’unité grandissent : « et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous ».

Dans nos communautés parfois marquées par les différences, les incompréhensions ou les fatigues, ces mots résonnent comme un appel à revenir à l’essentiel. L’unité n’est pas uniformité, mais communion. Elle se construit dans l’écoute, le pardon et les gestes simples du quotidien, jusqu’à ce signe concret évoqué par Paul : « saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix ». Aujourd’hui encore, ce signe nous rappelle que la foi n’est pas seulement une conviction intérieure, mais une relation vivante entre nous.

 

Cette paix et cette joie ne viennent pas de nous seuls. Elles trouvent leur source dans l’amour de Dieu. L’Évangile nous le révèle avec force : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». Dieu ne vient pas condamner, mais sauver. Il aime le monde tel qu’il est, avec ses fragilités, ses blessures, ses refus parfois. Et il ne l’a pas fait pour condamner, mais « pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

 

Croire en Jésus, c’est accueillir cet amour et s’y appuyer. C’est laisser transformer notre regard, pour devenir à notre tour porteurs de miséricorde, d’espérance et de paix.

En ce temps où notre monde cherche des repères et une espérance, notre mission est simple mais essentielle : être les témoins de cet amour. Dans nos familles, dans notre paroisse, dans nos lieux de travail, chacun de nous peut être un signe discret mais réel de la présence de Dieu.

 

Comme le dit saint Paul, appelons la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint, à nous accompagner dans notre vie, et à faire de nous des artisans de paix, enracinés dans un amour qui ne déçoit pas.

Édito du site Béziers Catholique

Une autre PRÉSENCE

Une autre PRÉSENCE

 

40 jours après Pâques nous célébrons la fête de l’Ascension. Jésus s’est manifesté plusieurs fois aux Apôtres, il leur a annoncé son départ au ciel, sa mission étant terminée. Il leur a promis une force celle de l’Esprit-Saint qui doit faire d’eux des témoins à Jérusalem et jusqu’aux extrémités de la terre.

 

La mission de Jésus sur cette terre s’achève, Jésus monte au ciel. Le ciel n’étant pas l’espace observé au-dessus de nos têtes mais bien plutôt un espace spirituel celui de l’immensité de Dieu, présence universelle et éternelle. Et voilà que Jésus passe le relai aux Apôtres. L’ascension est l’envoi en mission adressé aux apôtres comme aux hommes de tous les temps, il est l’articulation entre le désir du ciel et le service des hommes.

 

Le départ de Jésus au ciel ne veut pas dire abandon ou fin de règne. Certes Jésus n’est plus là physiquement mais il est là de bien d’autres manières, n’a-t-il pas dit : « moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

 

Jésus nous le rencontrons dans la Parole de Dieu, dans les sacrements, l’eucharistie en particulier, il est également auprès de ceux qui prient, seuls ou en communauté, il est là quand deux ou trois sont réunis en son nom ; il est là dans son Eglise.

 

Désormais ce sont les Apôtres qui vont devoir poursuivre la mission de Jésus : « Allez, proclamez la Bonne Nouvelle, faites des disciples » leur dit Jésus. Ils vont faire l’expérience d’un peu de la grandeur et de la magnificence de Dieu. Ils auront des joies mais aussi des peines, des réussites et des échecs.

 

 

Alors à notre tour comment vivre cette Ascension, sinon en étant le plus possible la présence de Jésus là où nous sommes. Peut-être en reprenant cette prière d’un anonyme du XV° siècle :

– Christ n’a pas de mains, il n’a que nos mains pour faire son travail d’aujourd’hui,

– Christ n’a pas de pieds, il n’a que nos pieds pour conduire les hommes sur son chemin,

– Christ n’a pas de lèvres, il n’a que nos lèvres pour parler de lui aux hommes.

Nous sommes la seule Bible que le public lit encore. Nous sommes le dernier message de Dieu écrit en actes et en paroles. 

 

Jésus a pris le risque de nous faire confiance ? Alors, Allons de l’Avant ; « Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Belle montée vers la fête de Pentecôte.

Père Alain

« Je ne vous laisserai pas orphelins »

« Je ne vous laisserai pas orphelins »

 

« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur » venons-nous d’entendre. Ce « Défenseur » est appelé couramment, dans l’évangile de saint Jean, le « Paraclet ». Ce mot « Paraclet » vient d’un mot grec qui veut dire « celui qui aide ». Jésus, avant de passer de ce monde au Père en mourant sur la croix, rassure ses disciples. Lorsqu’il ne sera plus visible pour eux, ils auront son aide continuellement, celle du Paraclet, que la tradition a identifié à l’Esprit Saint, l’Esprit du Père et du Fils. « Il demeurera en vous et il sera en vous… »

 
Jésus précise trois fonctions du Paraclet, de l’Esprit Saint, auprès de ses disciples que nous sommes et auprès de l’Église : enseigner, témoigner de lui et habiter le cœur des disciples. Le Paraclet, dit Jésus, est l’Esprit de vérité. Il enseigne à suivre Jésus, à garder ses commandements. Il rappelle ce qu’a dit Jésus. Il est une mémoire vivante des paroles reçues de Jésus. Il est lui-même inspiré par le Père et par le Fils et il redit à notre cœur tout ce qu’a dit Jésus. Il rend notre intelligence attentive aux enseignements de Jésus. Il nous les fait aimer et chérir.

Ces enseignements ne sont pas seulement des préceptes à mettre en pratique. Ils sont un chemin de vie, le chemin de la vraie vie, un chemin d’éternité

Le Paraclet, l’Esprit Saint, joue le rôle aussi d’un avocat et d’un défenseur envoyé par Jésus. Il témoigne ainsi de la vérité des enseignements de Jésus. Il les confirme. Il demeure auprès des disciples et il est en eux

Nous sommes ainsi amenés à entrer de plus en plus dans le mouvement d’amour de Dieu le Père qui a donné son Fils pour nous sauver. Malgré notre pauvreté et nos péchés qui nous éloignent de Dieu, nous ouvrons la porte à la rencontre personnelle de Jésus en gardant ses commandements qui se résument dans le « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »

 

Nous sommes encore dans la fête de Pâques qui se prolonge dans la joie de la présence vivante de Jésus ressuscité que nous fêtons pendant 40 jours.
Le Paraclet, l’Esprit Saint, qui se manifestera de façon éclatante à la Pentecôte que nous célébrerons dans quelques semaines est toujours à l’œuvre dans nos vies et dans l’Église. C’est lui cet autre Défenseur dont parle Jésus qui sera pour toujours avec nous. « Je ne vous laisserai pas orphelins ».

 

Extraits de l’homélie du 9 mai 2023

Mgr Hermann Giguère P.H. – Faculté de théologie de l’Université Laval

(Texte proposé par Danielle Ruiz et Eliane Ribot, membres du CPP de Bonne Nouvelle)

Marcher dans la confiance

Marcher dans la confiance

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé. »

Ces paroles de Jésus, nous aimerions les entendre plus souvent tant nos cœurs sont parfois traversés par le doute, l’inquiétude ou la fatigue. Elles sont prononcées à un moment décisif : Jésus sait que la séparation approche, que ses disciples vont être déstabilisés, et il choisit de leur parler non pas de peur, mais de confiance.

La confiance n’est pas naïve. Jésus ne nie pas les difficultés ou les épreuves à venir. Il ne promet pas une route sans obstacles. Mais il affirme une certitude essentielle : Dieu est fidèle, et notre vie a un horizon. « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures » : nous ne sommes pas de passage par hasard sur cette terre. Chacun de nous est attendu, désiré, appelé à une communion plus grande que ce que nous pouvons imaginer.

Face à l’incompréhension de Thomas — « Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » — Jésus ne donne ni explication compliquée, ni itinéraire détaillé. Il offre sa personne : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » La foi chrétienne ne consiste pas d’abord à maîtriser un savoir ou à réussir une performance spirituelle, mais à marcher avec le Christ, à lui faire confiance même lorsque la route semble obscure.

Être chrétien aujourd’hui, dans notre paroisse, ce n’est pas avoir toutes les réponses. C’est accepter d’avancer ensemble, à la lumière de l’Évangile, en laissant Jésus éclairer nos choix, nos relations, nos engagements. C’est aussi découvrir, à travers lui, le vrai visage de Dieu : non pas un Dieu lointain ou indifférent, mais un Père proche, présent au cœur de nos joies comme de nos fragilités.

Jésus va même plus loin : il nous confie une mission. « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. » Chacun, là où il est, peut devenir un témoin vivant de l’amour de Dieu : par un geste de service, une parole de réconfort, une présence attentive, un pardon offert. Ces petits actes, souvent invisibles, construisent l’Église et rendent le Christ présent aujourd’hui.

Acceptons de marcher derrière le Christ : il est le Chemin qui nous conduit, la Vérité qui nous éclaire, et la Vie qui ne déçoit pas.

Ensemble des paroisses Saint Guiraud

TROUVER LA BONNE PORTE

TROUVER LA BONNE PORTE

L’Évangile de Jean présente Jésus à travers des images originales et belles. Il veut que ses lecteurs découvrent que lui seul peut répondre pleinement aux besoins les plus fondamentaux de l’être humain. Jésus est «le pain de vie» : celui qui se nourrit de lui n’aura pas faim. Il est «la lumière du monde» : celui qui le suit ne marchera pas dans les ténèbres. Il est «le bon berger» : celui qui écoute sa voix trouvera la vie.

Parmi ces images, il en est une, humble et presque oubliée, qui recèle pourtant un contenu profond. «Je suis la porte». Tel est Jésus. Une porte ouverte. Ceux qui le suivent franchissent un seuil qui mène à un monde nouveau : une nouvelle façon de comprendre et de vivre la vie.

L’évangéliste l’explique en trois traits: «Quiconque entre par moi sera sauvé». La vie offre de nombreuses issues. Toutes ne mènent pas au succès ni ne garantissent une vie pleine. Quiconque, d’une manière ou d’une autre, se met en phase avec Jésus et cherche à le suivre, franchit la bonne porte. Il ne gâchera pas sa vie. Il la sauvera.

L’évangéliste ajoute quelque chose d’autre. Celui qui entre par Jésus «pourra entrer et sortir». Il est libre de ses mouvements. Il entre dans un espace où il peut être libre, car il ne se laisse guider que par l’Esprit de Jésus. Ce n’est pas le pays de l’anarchie ou de la débauche. Il «entre et sort» en passant toujours par cette «porte» qu’est Jésus, et il avance en suivant ses pas.

L’évangéliste ajoute encore un détail : celui qui entre par cette porte qu’est Jésus «trouvera des pâturages», il n’aura ni faim ni soif. Il trouvera une nourriture solide et abondante pour vivre.

Le Christ est la «porte» par laquelle nous devons entrer aujourd’hui aussi, nous chrétiens, si nous voulons raviver notre identité. Un christianisme formé de baptisés qui ont une relation avec un Jésus mal connu, vaguement rappelé, affirmé de temps en temps de manière abstraite, un Jésus muet qui ne dit rien de particulier au monde d’aujourd’hui, un Jésus qui ne touche pas les cœurs… est un christianisme sans avenir.

Seul le Christ peut nous conduire à un nouveau niveau de vie chrétienne, mieux fondée, motivée et nourrie par l’Évangile. Chacun de nous peut contribuer à ce que, dans l’Église des prochaines années, Jésus soit ressenti et vécu de manière plus vivante et plus passionnée. Nous pouvons rendre l’Église plus proche de Jésus.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

SE SOUVENIR DAVANTAGE DE JÉSUS

SE SOUVENIR DAVANTAGE DE JÉSUS

Le récit des disciples d’Emmaüs nous décrit l’expérience vécue par deux disciples de Jésus alors qu’ils marchent de Jérusalem vers le petit village d’Emmaüs, à huit kilomètres de la capitale. Le narrateur le fait avec une telle maîtrise qu’il nous aide à raviver aujourd’hui encore notre foi dans le Christ ressuscité.

Deux disciples de Jésus s’éloignent de Jérusalem, abandonnant le groupe de disciples qui s’était formé autour de lui. Jésus étant mort, le groupe se désagrège. Sans lui, il n’y a plus de raison de rester ensemble. Le rêve s’est évanoui. Avec la mort de Jésus, l’espoir qu’il avait suscité dans leurs coeurs meurt également. N’est-ce pas un peu ce qui se passe dans nos communautés? Ne sommes-nous pas en train de laisser mourir la foi en Jésus?

Cependant, ces disciples continuent à parler de Jésus. Ils ne peuvent l’oublier. Ils commentent ce qui s’est passé. Ils essaient de donner un sens à ce qu’ils ont vécu avec lui. «Tandis qu’ils conversaient, Jésus s’approcha et marcha avec eux». C’est le premier geste du Ressuscité. Les disciples ne le reconnaissent pas, mais Jésus est déjà présent, marchant à leurs côtés. Jésus ne marche-t-il pas aujourd’hui de manière voilée aux côtés de tant de croyants qui ont quitté l’Église mais continuent de se sou-venir de lui?

L’intention du narrateur est claire: Jésus s’approche lorsque les disciples se souviennent de lui et parlent de lui. Il se rend présent là où l’on commente son Évangile, là où l’on s’intéresse à son message, là où l’on parle de son style de vie et de son projet. Jésus n’est-il pas absent parmi nous parce que nous parlons peu de lui?

Jésus souhaite discuter avec eux: «De quoi parlez-vous en marchant?» Il ne s’impose pas en leur révélant son identité. Il leur demande de continuer à raconter leur expérience. En discutant avec lui, ils découvriront leur aveuglement. Leurs yeux s’ouvriront lorsqu’ils feront un cheminement intérieur guidés par sa parole. Il en est ainsi. Si, dans l’Église, nous parlons davantage de Jésus et discutons davantage avec lui, notre foi renaîtra.

Les disciples lui parlent de leurs attentes et de leurs déceptions; Jésus les aide à approfondir l’identité du Messie crucifié. Le coeur des disciples commence à brûler; ils ressentent le besoin que cet «inconnu» reste avec eux. Lors de la célébration de la Cène, leurs yeux s’ouvrent et ils le reconnaissent: Jésus est avec eux, nourrissant leur foi!
Nous, chrétiens, nous devons nous souvenir davantage de Jésus: citer ses paroles, commenter son style de vie, approfondir son projet. Nous devons ouvrir davantage les yeux de notre foi et le découvrir plein de vie dans nos eucharisties. Jésus n’est pas absent. Il marche à nos côtés.

José Antonio Pagola
Traductor: Carlos Orduña