Entrailles de la miséricorde de Dieu

Entrailles de la miséricorde de Dieu

Depuis une ou deux semaines, les textes de l’Évangile selon saint Matthieu nous parlent des conflits au sein de la communauté chrétienne. Aujourd’hui, Pierre pose, comme d’habitude, une question très réaliste : « Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? » En réponse, Jésus lui raconte une parabole. Ce qui est frappant dans ce récit, c’est que le serviteur demandait simplement qu’on lui accorde un délai pour rembourser sa dette, alors qu’il reçoit une remise complète de celle-ci. Ce qui est également frappant, c’est la disproportion absolument vertigineuse entre les deux dettes évoquées dans le texte : dix mille talents d’un côté, et cent pièces d’argent de l’autre – soit, en valeur approximative, un rapport de 600 000 contre 1. Le maître reproche alors au mauvais serviteur de ne pas avoir remis à son compagnon sa petite dette : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? »

Dans ce texte, nous trouvons le mot grec ELEĒSAI, qui signifie « avoir pitié », ou « faire miséricorde ». Et un peu plus tôt, nous trouvons une autre expression très intéressante : « saisi de compassion », en grec SPLAGCHNISTHEIS, que l’on pourrait traduire littéralement par : « être ému dans ses entrailles ». Dans l’Évangile selon saint Luc (1,78), nous trouvons justement ces deux mots réunis dans l’expression grecque : SPLAGCHNA ELEOUS THEOU – « les entrailles de la miséricorde de Dieu ».

En hébreu, la miséricorde est notamment exprimée par les termes HESED et RAḤAMIM. Ce deuxième terme est particulièrement intéressant, parce qu’il est lié au mot REḤEM, qui signifie « le sein maternel ». Ainsi, on peut dire, de façon métaphorique, que la miséricorde de Dieu est liée à ses « entrailles », à son « sein maternel ». En d’autres termes, la miséricorde de Dieu est une source de vie, une source qui donne naissance à une vie nouvelle. Alors le pardon de Dieu nous fait renaître et nous donne la véritable liberté. Par conséquent, ceux qui ont vraiment fait l’expérience de cette miséricorde sont appelés, à leur tour, à transmettre aux autres cette vie nouvelle et cette libération intérieure, en accordant leur pardon à ceux qui sont devenus leurs débiteurs.

À la fin, je laisse la parole à la « secrétaire de la Miséricorde », sœur Faustine, qui note dans son Journal, le 24 septembre 1936 :

« Ma fille, parle au monde entier de Mon inconcevable miséricorde. Je désire que la fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge de toutes les âmes, et particulièrement de celles des pauvres pécheurs. Ce jour-là, les entrailles de Ma miséricorde sont ouvertes. Je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de Ma miséricorde. Toute âme qui s’approchera de la Confession et de la Sainte Communion recevra le pardon complet de ses fautes et la rémission de sa peine. En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoule la grâce. Qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de Moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate.

Ma miséricorde est si grande que, pendant toute l’éternité, aucun esprit, ni humain ni angélique, ne saurait approfondir tout ce qui est sorti des entrailles de Ma miséricorde. Chaque âme, en relation avec Moi, méditera Mon amour et Ma miséricorde durant toute l’éternité. La fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles. Je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques (J 19,26). Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de Ma Miséricorde. »

Père Jan Jankowski

 

QUE FAIS-JE POUR UNE ÉGLISE PLUS FIDÈLE À JÉSUS?

QUE FAIS-JE POUR UNE ÉGLISE PLUS FIDÈLE À JÉSUS?

«Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux». La meilleure façon de rendre le Christ présent dans son Église est de rester unis en agissant «en son nom», animés par son Esprit. L’Église n’a pas tant besoin de nos professions de foi ou de nos critiques que de notre engagement concret. Nous pouvons nous poser bien des questions.

Que fais-je pour créer un climat de conversion collective au sein de cette Église qui a toujours besoin de renouveau et de transformation? Quelle serait l’Église si tous vivaient leur adhésion au Christ plus ou moins comme je la vis? Serait-elle plus ou moins fidèle à Jésus?

Qu’est-ce que j’apporte en termes d’esprit, de vérité et d’authenticité à cette Église qui a tant besoin de radicalité évangélique pour offrir un témoignage crédible de Jésus au milieu d’une société indifférente et incrédule?

Comment ma vie contribue-t-elle à édifier une Église plus proche des hommes et des femmes de notre temps, qui sache non seulement enseigner, prêcher et exhorter, mais surtout accueillir, écouter et accompagner ceux qui vivent perdus, sans connaître l’amour ni l’amitié?

Que puis-je apporter pour construire une Église samaritaine, au cœur grand et compatissant, capable d’oublier ses propres intérêts pour se consacrer aux grands problèmes de l’humanité?

Que fais-je pour que l’Église se libère des peurs et des servitudes qui la paralysent et la retiennent dans le passé, et qu’elle se laisse pénétrer et vivifier par la fraîcheur et la créativité qui naissent de l’Évangile de Jésus?

Que puis-je apporter en ce moment pour que l’Église apprenne à «vivre en minorité», sans grandes prétentions sociales, mais humblement, comme un «levain» caché, un «sel» transformateur, une petite «graine» prête à mourir pour donner la vie?

Que fais-je pour une Église plus joyeuse et plus porteuse d’espoir, plus libre et plus compréhensive, plus transparente et plus fraternelle, plus croyante et plus crédible, plus de Dieu et moins du monde, plus de Jésus et moins de nos intérêts et de nos ambitions? L’Église change quand nous changeons, elle se convertit quand nous nous convertissons.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

LE CRI DE LA FEMME

LE CRI DE LA FEMME

Lorsque Matthieu écrit son évangile dans les années 80 du Ier siècle, l’Église est confrontée à une question grave: que doivent faire les disciples de Jésus? Se confiner dans le cadre du peuple juif ou s’ouvrir également aux païens?

Jésus n’avait agi qu’à l’intérieur des frontières d’Israël. Rapidement éliminé par le représentant de Rome et les dirigeants du temple, il n’avait rien pu faire de plus. Cependant, en retraçant sa vie, les disciples se souvinrent de deux choses très éclairantes. Premièrement, Jésus était capable de découvrir chez les païens une foi plus grande que chez ses propres disciples. Deuxièmement, Jésus n’avait pas réservé sa compassion aux seuls Juifs. Le Dieu de la compassion est le Dieu de tous

La scène est émouvante. Une femme vient à la rencontre de Jésus. Elle n’appartient pas au peuple élu. Elle est païenne. Elle vient du peuple maudit des Cananéens, qui avait tant combattu Israël. C’est une femme seule et sans nom. Peut-être est-elle mère célibataire, veuve ou a-t-elle été abandonnée par les siens.

Matthieu ne souligne que sa foi. Toute sa vie se résume à un cri qui exprime la profondeur de son malheur. Elle suit les disciples en «criant». Elle ne s’arrête pas devant le silence de Jésus ni devant le malaise de ses disciples. Le malheur de sa fille, possédée par «un démon très mauvais», est devenu sa propre douleur: «Seigneur, aie pitié de moi».

À un moment donné, la femme rejoint le groupe, arrête Jésus, se prosterne devant lui et lui dit à genoux: «Seigneur, viens à mon secours». Elle n’accepte pas les explications de Jésus, occupé à sa mission en Israël. Elle n’accepte pas l’exclusion ethnique, politique, religieuse et sexuelle dont sont victimes tant de femmes, qui souffrent de solitude et de marginalisation.

C’est alors que Jésus se manifeste dans toute son humilité et sa grandeur: «Femme, ta foi est grande, qu’il te soit fait selon ton désir». La femme a raison. D’autres explications ne servent à rien. Il faut d’abord soulager la souffrance. Sa demande correspond à la volonté de Dieu.

Que faisons-nous, nous chrétiens d’aujourd’hui, face aux cris de tant de femmes seules, marginalisées, maltraitées et oubliées par l’Église? Les laissons-nous de côté en justifiant notre abandon par les exigences d’autres tâches? Jésus ne l’a pas fait.

José Antonio Pagola 

APPRENDRE À CROIRE À PARTIR DU DOUTE

APPRENDRE À CROIRE À PARTIR DU DOUTE

Il n’est pas facile de répondre sincèrement à la question que Jésus pose à Pierre au moment même où il le sauve des eaux: «Pourquoi as-tu douté ?»

Parfois, nos convictions les plus profondes s’évanouissent et les yeux de notre âme s’embrouillent sans que nous sachions exactement pourquoi. Des principes jusque-là acceptés comme immuables commencent à vaciller. Et la tentation de tout abandonner sans rien reconstruire se réveille en nous.

D’autres fois, le mystère de Dieu nous semble insurmontable. Le dernier mot sur ma vie m’échappe et il est difficile de m’abandonner au mystère: ma raison continue de chercher, insatisfaite, une lumière claire et irréfutable qu’elle ne trouve pas et ne pourra jamais trouver.

Il n’est pas rare que la superficialité et la légèreté de notre vie quotidienne et le culte secret de tant d’idoles nous plongent dans de longues crises d’indifférence et de scepticisme intérieur, avec le sentiment d’avoir vraiment perdu Dieu.

C’est souvent notre propre péché qui ébranle notre foi, car celle-ci décroit et s’affaiblit lorsque nous nous éloignons de Dieu. Si nous sommes sincères, nous devons avouer qu’il existe un fossé énorme entre le croyant que nous professons être et le croyant que nous sommes réellement. Que faire lorsque nous constatons en nous une foi parfois si fragile et vacillante?

Tout d’abord, ne désespérons pas et ne nous effrayons pas en découvrant en nous des doutes et des hésitations. La recherche de Dieu se vit presque toujours dans l’insécurité, l’obscurité et le risque. On cherche Dieu «à tâtons». Et nous ne devons pas oublier que souvent «la foi authentique ne peut apparaitre que comme un doute surmonté» (Ladislao Boros).

L’important est d’accepter le mystère de Dieu avec un cœur ouvert. Notre foi dépend de la vérité de notre relation avec lui. Et il n’est pas nécessaire d’attendre que nos questions et nos doutes soient résolus pour vivre en vérité devant ce Père.

C’est pourquoi l’important est de savoir crier comme Pierre: «Seigneur, sauve-moi». Savoir lever vers Dieu nos mains vides, non seulement en signe de supplication, mais aussi en signe d’abandon confiant de quelqu’un qui se sait petit, ignorant et ayant besoin de salut. N’oublions pas que la foi, c’est «marcher sur l’eau», mais avec la possibilité de toujours trouver cette main qui nous sauve lorsque nous commençons à couler.

José Antonio Pagola

« Nous n’avons que cinq pains et deux poissons »

« Nous n’avons que cinq pains et deux poissons »

 

Nous avons parfois le sentiment de manquer de quelque chose : manque de temps, d’énergie, de moyens, parfois même d’espérance. Les actualités nous parlent de crises, de tensions, d’incertitudes. Les familles jonglent avec des agendas chargés, les personnes âgées avec la solitude, les jeunes avec les questions sur leur avenir.

Face à tout cela, nous ressemblons souvent aux disciples,  nous regardons ce qui manque :« Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »

Dans nos communautés chrétiennes, nous constatons la diminution des forces vives, la difficulté de trouver des bénévoles, le vieillissement de certaines assemblées, et nous pourrions être tentés de penser que nous n’avons plus les moyens de répondre aux attentes qui nous entourent.

Pourtant, Jésus ne demande pas aux disciples de résoudre seuls le problème. Il leur demande simplement de lui apporter ce qu’ils ont.

Le Christ ne nous demande pas d’être puissants, performants ou parfaits. Il nous demande d’offrir ce que nous sommes. Une heure donnée à une association. Une visite à une personne isolée. Une présence auprès d’un voisin en difficulté. Un engagement dans la paroisse. Une parole de réconciliation dans une famille. Un peu de notre temps, de notre écoute, de notre foi.

L’évangile nous rappelle que Dieu travaille avec les petits moyens et les gestes simples. Rien de spectaculaire, simplement la fidélité discrète de ceux qui acceptent de partager ce qu’ils ont.

La multiplication des pains est alors bien plus qu’un miracle du passé. Elle est une promesse pour aujourd’hui : lorsque nous mettons nos pauvretés, nos talents et nos ressources entre les mains du Christ, il peut en faire beaucoup plus que nous l’imaginons.

Au lieu de nous demander : « Que manque-t-il à notre monde ? », peut-être pourrions-nous commencer par une autre question : « Quel est le petit pain que je peux partager aujourd’hui ? »

 

APPRENDRE DES PERSONNES SIMPLES

Jésus n’avait aucun problème avec les gens simples de son peuple. Il savait qu’ils le comprenaient. Ce qui l’inquiétait, c’était de savoir si les chefs religieux, les spécialistes du droit, les grands maîtres d’Israël comprendraient un jour son message. Chaque jour, cela devenait de plus en plus évident: ce qui remplissait de joie les gens simples laissait les grands, indifférents.

Ces paysans qui vivaient en se défendant de la faim et des grands propriétaires terriens le comprenaient très bien: Dieu voulait les voir heureux, sans faim ni oppresseurs. Les malades lui faisaient confiance et, encouragés par leur foi, ils croyaient de nouveau au Dieu de la vie. Les femmes qui osaient sortir de chez elles pour l’écouter sentaient que Dieu devait aimer tel que Jésus le disait: avec des entrailles de mère. Les gens simples du peuple étaient en syntonie avec lui. Le Dieu qu’il leur annonçait était celui qu’ils désiraient et dont ils avaient besoin.

L’attitude des «savants» était différente. Caïphe et les prêtres de Jérusalem le voyaient comme un danger. Les maîtres de la loi ne comprenaient pas pourquoi il se souciait tant de la souffrance des gens en oubliant les exigences de la religion. C’est pour cela que, parmi les disciples les plus proches de Jésus, il n’y avait ni prêtres, ni scribes, ni docteurs de la loi.

Un jour, Jésus révéla à tous ce qu’il ressentait dans son cœur. Rempli de joie, il pria Dieu ainsi: «Je te remercie, Père, Seigneur du ciel et de la terre, car tu as caché ces choses aux sages et aux savants et tu les as révélées aux gens simples».

C’est toujours pareil. Le regard des gens simples est, d’ordinaire, plus propre. Il n’y a pas tant d’intérêt tordu dans leurs cœurs. Ils vont à l’essentiel. Ils savent ce que c’est que de souffrir, de se sentir mal et de vivre sans sécurité. Ils sont les premiers à comprendre l’évangile.

Ces gens simples sont le meilleur que nous avons dans l’Église. Nous devons apprendre d’eux; nous, évêques, théologiens, moralistes et érudits religieux. Dieu leur révèle quelque chose qui nous échappe. Nous les ecclésiastiques, nous risquons de trop rationaliser, théoriser et «compliquer» notre foi. Juste deux questions: pourquoi y a-t-il une telle distance entre notre parole et la vie des gens? Pourquoi notre message est-il presque toujours plus obscur et plus compliqué que celui de Jésus?

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna

APPRENDRE À DONNER

APPRENDRE À DONNER

Il n’est parfois pas si facile de répondre aux questions les plus simples. Nous avons souvent entendu dire qu’aimer, c’est donner. Mais qu’est-ce que donner? Beaucoup pensent que donner, c’est simplement se priver de quelque chose, renoncer à quelque chose, «se sacrifier» en se détachant de quelque chose. Nous sommes tellement conditionnés par notre société d’abondance et tellement enclins à posséder, accumuler et gagner, que «donner» nous semble improductif. Un appauvrissement que nous ne sommes pas prêts à accepter. Dans notre société, celui qui donne sans recevoir est une personne peu pratique, peu réaliste, peu intelligente.

Pourtant, donner est tout autre chose. Le geste de donner est l’expression la plus riche de la vitalité, de la richesse et du pouvoir créateur. Lorsque nous donnons vraiment quelque chose, nous nous sentons pleins de vie, débordants, capables d’enrichir les autres, même si ce n’est que modestement. «Seul l’amour rend la vie digne d’être vécue. Seule l’aide apportée aux autres procure la grande joie de vivre» (Karl Tillmann).

Donner, c’est être vivant et riche. Celui qui a beaucoup et ne sait pas donner n’est pas riche. C’est un homme petit, impuissant, appauvri, quoi qu’il possède. En réalité, seul celui qui est capable de donner quelque chose de lui-même aux autres est riche.

Nous avons tous besoin d’écouter plus attentivement et plus profondément les paroles de Jésus. Même le verre d’eau fraîche que nous savons donner à un pauvre assoiffé ne restera pas sans récompense. Nous devons apprendre à donner ce qui est vivant en nous et peut faire du bien aux autres: notre joie, notre compréhension, notre encouragement, notre espérance, notre accueil ou notre proximité.

Souvent, il ne s’agit pas de choses grandes ou spectaculaires. Simplement «un verre d’eau fraîche» : un sourire accueillant, une écoute sans précipitation, une aide pour remonter le moral, un geste de solidarité, une visite, un signe de soutien et d’amitié. Ne l’oublions pas. Au fond de la vie, il y a quelqu’un qui bénit, accueille et récompense chaque geste d’amour, aussi petit soit-il à nos yeux. Il s’appelle Dieu, notre Père.

José Antonio Pagola
Traduction: Carlos Orduna

 « Ne craignez pas ! »

                             

« Ne craignez pas ! »

 

Voilà les paroles que Jésus répète à trois reprises à ses Apôtres dans l’Évangile de ce dimanche. Trois fois, comme pour bien ancrer cette invitation au cœur de ceux qui le suivent. Cette injonction résonne avec les paroles de Saint Jean-Paul II à la jeunesse lors des JMJ de Paris : « N’ayez pas peur ». Nous vivons pourtant dans un monde où la peur prend bien des visages : peur de l’avenir, peur du regard des autres, peur de témoigner de sa foi, peur de l’indifférence ou des moqueries, peur parfois même de l’hostilité. Jésus ne nous dit pas que ces peurs sont imaginaires. Il nous dit simplement qu’elles ne doivent pas nous paralyser.

 

Il nous rappelle une vérité fondamentale : nous ne sommes pas abandonnés. Le Père, qui veille sur chaque moineau, connaît même le nombre de cheveux sur notre tête. Nous avons une valeur infinie à ses yeux. Cette certitude change tout.

 

C’est pourquoi Jésus nous invite à une double attitude :

  • Parler sans crainte. Ce que nous avons reçu dans l’intimité de la prière et de l’écoute de la Parole, nous sommes appelés à le vivre au grand jour. Notre foi n’est pas une affaire privée, elle est faite pour être proclamée « sur les toits ».
  • Rester fidèle. Celui qui reconnaît le Christ devant les hommes sera reconnu par lui devant le Père. L’enjeu est grand, mais la grâce l’est encore davantage.

Dans nos familles, nos lieux de travail, nos engagements, nous sommes parfois tentés de taire notre foi pour éviter les conflits ou par simple timidité. L’Évangile de ce dimanche nous libère : la peur n’a pas le dernier mot. Le Seigneur nous précède et nous accompagne.

 

Puissions-nous, en cette semaine, oser un petit pas supplémentaire : un geste de charité visible, une parole d’espérance donnée, un témoignage simple et vrai. Car là où nous osons parler de Lui, c’est Lui qui parle à travers nous.

Que la Vierge Marie, qui a dit « oui » sans crainte malgré les incertitudes, nous obtienne la grâce d’une foi courageuse et joyeuse.

Bon dimanche à toutes et à tous .

Samuel Talon

Membre du CPP de Bonne Nouvelle

PROGRAMME LIBÉRATEUR

PROGRAMME LIBÉRATEUR

Beaucoup de chrétiens pensent vivre leur foi de manière responsable parce qu’ils se soucient de respecter certaines pratiques religieuses et s’efforcent d’ajuster leur comportement à des lois morales et à des normes ecclésiastiques.

De même, de nombreuses communautés chrétiennes pensent accomplir fidèlement leur mission parce qu’elles s’efforcent d’offrir des services de catéchèse et d’éducation à la foi, et s’efforcent de célébrer dignement le culte chrétien.

Est-ce là tout ce que Jésus voulait mettre en œuvre en envoyant ses disciples dans le monde? Est-ce là la vie qu’il voulait insuffler au cœur de l’histoire?

Nous avons besoin d’écouter à nouveau les paroles de Jésus pour redécouvrir la véritable mission des croyants au sein de cette société. C’est ainsi que l’évangéliste Matthieu rapporte son mandat: «Allez et proclamez que le royaume des cieux est proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement».

Notre première tâche aujourd’hui est également de proclamer que Dieu est proche de nous, déterminé à sauver le bonheur de l’humanité. Mais cette annonce d’un Dieu sauveur ne se fait pas seulement par des discours et des paroles suggestives. Elle ne se garantit pas seulement par la catéchèse ou les cours de religion. Jésus nous rappelle la manière de proclamer Dieu: travailler gratuitement pour insuffler une nouvelle vie aux hommes.

«Guérir les malades», c’est-à-dire libérer les personnes de tout ce qui leur vole la vie et les fait souffrir. Guérir l’âme et le corps de ceux qui se sentent détruits par la douleur et angoissés par la dureté impitoyable de la vie quotidienne.

«Ressusciter les morts», c’est-à-dire libérer les personnes de ce qui bloque leur vie et tue leur espérance. Réveiller l’amour de la vie, la confiance en Dieu, la volonté de lutter et le désir de liberté chez tant d’hommes et de femmes chez qui la vie s’éteint peu à peu.

«Purifier les lépreux», c’est-à-dire purifier cette société de tant de mensonges, d’hypocrisie et de conventionnalisme. Aider les gens à vivre avec plus de vérité, de simplicité et d’honnêteté.

«Chasser les démons», c’est-à-dire libérer les personnes de tant d’idoles qui nous asservissent, nous possèdent et pervertissent notre vie commune. Là où l’on libère les personnes, là on annonce Dieu.

José Antonio Pagola

Traduction: Carlos Orduña

« Soyez dans la joie », « encouragez-vous », « vivez en paix ».

Edito :    

« Soyez dans la joie », « encouragez-vous », « vivez en paix ».

 

Les paroles de saint Paul et de l’Évangile nous invitent aujourd’hui à revenir à l’essentiel de notre vie chrétienne.

 

Saint Paul nous encourage avec des mots simples et concrets : « soyez dans la joie », « encouragez-vous », « vivez en paix ». Ces appels rejoignent notre quotidien, avec ses joies mais aussi ses tensions ou ses fatigues. Ils nous rappellent que la foi se vit concrètement dans nos relations, car la présence même de Dieu se manifeste là où la paix et l’unité grandissent : « et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous ».

Dans nos communautés parfois marquées par les différences, les incompréhensions ou les fatigues, ces mots résonnent comme un appel à revenir à l’essentiel. L’unité n’est pas uniformité, mais communion. Elle se construit dans l’écoute, le pardon et les gestes simples du quotidien, jusqu’à ce signe concret évoqué par Paul : « saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix ». Aujourd’hui encore, ce signe nous rappelle que la foi n’est pas seulement une conviction intérieure, mais une relation vivante entre nous.

 

Cette paix et cette joie ne viennent pas de nous seuls. Elles trouvent leur source dans l’amour de Dieu. L’Évangile nous le révèle avec force : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». Dieu ne vient pas condamner, mais sauver. Il aime le monde tel qu’il est, avec ses fragilités, ses blessures, ses refus parfois. Et il ne l’a pas fait pour condamner, mais « pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

 

Croire en Jésus, c’est accueillir cet amour et s’y appuyer. C’est laisser transformer notre regard, pour devenir à notre tour porteurs de miséricorde, d’espérance et de paix.

En ce temps où notre monde cherche des repères et une espérance, notre mission est simple mais essentielle : être les témoins de cet amour. Dans nos familles, dans notre paroisse, dans nos lieux de travail, chacun de nous peut être un signe discret mais réel de la présence de Dieu.

 

Comme le dit saint Paul, appelons la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint, à nous accompagner dans notre vie, et à faire de nous des artisans de paix, enracinés dans un amour qui ne déçoit pas.

Édito du site Béziers Catholique