DES CROYANTS UN PEU INSENSÉS

DES CROYANTS UN PEU INSENSÉS

Il existe de nombreuses paraboles dans lesquelles Jésus répète, d’une manière ou d’une autre, le même message : «Le meilleur que vous ayez, c’est l’espérance. Ne la perdez pas. Gardez-la vivante. N’éteignez pas votre désir de vie éternelle. Attendez avec le cœur brûlant. Soyez lucides. Il n’y a rien de plus triste qu’une personne «finie» qui a perdu l’espérance en Dieu».

Jésus n’utilise pas un langage moral. Pour lui, laisser s’éteindre l’espérance en nous n’est pas un péché, c’est une folie. Les jeunes filles de la parabole, qui laissent s’éteindre leur lampe avant l’arrivée de l’époux, sont «insensées», car elles n’ont pas su garder vivante leur attente. Elles ne se sont pas occupées de la chose la plus importante que l’être humain ait à faire: attendre Dieu jusqu’au bout.

Il n’est pas facile d’entendre ce message aujourd’hui. Nous avons perdu la capacité de vivre quelque chose intensément et durablement. Le temps qui passe use tout. L’homme d’aujourd’hui ne semble fasciné que par la nouveauté, l’actualité, l’instant présent. Nous ne savons pas vivre quelque chose de manière vivante et permanente sans le laisser languir.

Nous avons trouvé une manière plus raisonnable et plus sensée d’envisager l’avenir. Nous sommes passés maîtres dans l’art de faire toutes sortes de calculs et de prévisions pour ne prendre aucun risque pour l’avenir. Nous nous soucions d’assurer notre santé et notre niveau de vie, nous planifions notre retraite et organisons une vieillesse tranquille. Tout cela est très bien, mais nous restons insensés si nous ne reconnaissons pas une évidence: toutes ces sécurités que nous avons fabriquées sont précaires.

L’avertissement évangélique n’est ni irrationnel ni absurde. Jésus invite simplement à vivre dans la perspective de la vie éternelle, sans nous leurrer naïvement sur le caractère éphémère et les limites de cette vie: «Quelles prévisions faites-vous au-delà de ce qui est visible et périssable? Où comptez-vous trouver la sécurité lorsque vos certitudes s’écrouleront?».

Garder l’espoir signifie ne pas se contenter de n’importe quoi, ne pas désespérer de l’être humain, ne jamais perdre le désir de la «vie éternelle» pour tous, ne pas cesser de chercher, de croire et de faire confiance. Même s’ils ne le savent pas, ceux qui vivent ainsi attendent la venue de Dieu.

José Antonio Pagola

 

IL EST BON DE CROIRE

 

On pense souvent que la foi a quelque chose à voir avec le salut éternel de l’être humain, mais pas avec le bonheur concret de chaque jour, qui est ce qui nous intéresse en ce moment. Plus encore. Certains soupçonnent que sans Dieu et sans religion, nous serions plus heureux. C’est pourquoi il est salutaire de rappeler certaines convictions chrétiennes qui ont pu être oubliées ou occultées par une présentation erronée ou insuffisante de la foi. En voici quelques-unes.

Dieu nous a créés uniquement par amour, non pour son propre bénéfice ou intérêt, mais pour notre bonheur. Dieu ne s’intéresse qu’à notre bien.

Dieu veut notre bonheur non seulement après la mort, dans ce que nous appelons «la vie éternelle», mais dès maintenant, dans cette vie. C’est pourquoi il est présent dans notre existence, favorisant notre bien, jamais notre mal.

Dieu respecte les lois de la nature et la liberté de l’être humain. Il ne force ni la liberté humaine ni la création. Mais il est à nos côtés, soutenant notre lutte pour une vie plus humaine et attirant notre liberté vers le bien. C’est pourquoi, à chaque instant, nous pouvons compter sur la grâce de Dieu pour être aussi heureux que possible.

La morale ne consiste pas à obéir à des lois imposées arbitrairement par Dieu. S’Il veut que nous écoutions les exigences morales que nous portons dans notre cœur, c’est parce que leur accomplissement est bon pour nous. Dieu n’interdit pas ce qui est bon pour l’être humain et n’impose pas ce qui peut lui nuire. Il ne veut que notre bien.

Se convertir à Dieu ne signifie pas choisir une vie plus malheureuse et plus ennuyeuse, mais orienter sa liberté vers une existence plus humaine, plus saine et, en définitive, plus heureuse, même si cela exige des sacrifices et des renoncements. Être heureux a toujours ses exigences.

Être chrétien, c’est apprendre à «vivre dans la droiture» en suivant le chemin ouvert par Jésus. Les béatitudes sont le cœur le plus significatif et le plus « scandaleux » de ce chemin.

On marche vers le bonheur avec un cœur simple et transparent, avec soif et faim de justice, en travaillant pour la paix avec une profonde miséricorde, en supportant avec douceur le poids du chemin. Ce chemin tracé dans les béatitudes conduit à connaître déjà sur cette terre le bonheur vécu et expérimenté par Jésus lui-même.

José Antonio Pagola

Aimer Dieu, c’est vivre

Aimer Dieu, c’est vivre

L’un des plus beaux textes sur l’amour que j’aie lus dans ma vie n’est pas une phrase de poète, ni d’écrivain, ni même d’un grand philosophe, mais celle d’un moine. Le passage commence ainsi : « L’amour se suffit à lui-même, il plaît par lui-même et pour lui-même. Il est à lui-même son mérite, il est à lui-même sa récompense. L’amour ne cherche hors de lui-même ni sa raison d’être ni son fruit : son fruit, c’est l’amour même. » En lisant cet extrait du Sermon 83 de saint Bernard de Clairvaux, on reste muet… On y découvre une description saisissante de l’amour, qu’il s’agisse de l’amour pour Dieu ou de celui que nous portons à une personne humaine. »

Et même si nous sommes tous blessés, déçus ou meurtris par l’amour, nous n’arrivons pas à vivre sans aimer. Sans amour, quelque chose en nous s’éteint, car l’amour est ce qui anime notre être. Pourquoi Jésus nous demande-t-il d’aimer Dieu avant toute chose ? Cet amour nous rejoint au plus profond de nous-mêmes : il a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint (Rm 5,5) et il nous ouvre à la vie en nous libérant de notre enfermement intérieur. Aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces n’est pourtant pas quelque chose que nous pouvons accomplir par nos seules forces. Dieu lui-même rend cet amour possible : “Le Seigneur ton Dieu te circoncira le cœur, à toi et à ta descendance, pour que tu aimes le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, AFIN DE VIVRE” (Dt 30,6). Nous avons besoin d’une intervention de Dieu, d’une véritable opération à cœur ouvert, qui nous rende capables d’aimer (Ez 36,26). L’amour possède cette force extatique qui nous fait sortir de nous-mêmes. Nous sommes d’autant plus vivants que nous sortons de nous-mêmes, de cet enfermement intérieur où nous enferme la peur de la mort.

Cette vérité, saint Jean-Marie Vianney, patron de notre église du St Curé d’Ars, l’a vécue et exprimée dans une prière bouleversante :

« Je T’aime, ô mon Dieu, et mon seul désir est de T’aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie.
Je T’aime, ô Dieu infiniment aimable, et j’aime mieux mourir en T’aimant que de vivre un seul instant sans T’aimer.
Je T’aime, ô mon Dieu, et je ne désire le Ciel que pour avoir le bonheur de T’aimer parfaitement.Je T’aime, ô mon Dieu, et je n’appréhende l’enfer que parce qu’on n’y aura jamais la douce consolation de T’aimer.
Ô mon Dieu, si ma langue ne peut dire à tout moment que je T’aime, du moins je veux que mon cœur Te le répète autant de fois que je respire.
Ah ! fais-moi la grâce de souffrir en T’aimant, de T’aimer en souffrant et d’expirer un jour en T’aimant et en sentant que je T’aime.
Et plus j’approche de ma fin, plus je Te conjure d’accroître mon amour et de le perfectionner. Amen

Père Jan

À qui appartenons-nous ?

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Cette parole de Jésus est parmi les plus célèbres de l’Évangile. Pourtant, elle est souvent réduite à une question d’impôts ou aux rapports entre le pouvoir politique et la religion. En réalité, Jésus nous invite à regarder bien plus loin.

Ses adversaires cherchent à le mettre en difficulté. Ils lui présentent une pièce de monnaie. Jésus demande alors : « De qui est cette image ? » La réponse est simple : c’est celle de César. La pièce porte son effigie, elle relève donc de son autorité.

Mais Jésus ne s’arrête pas là. Derrière cette question se cache un appel beaucoup plus profond. Si la pièce porte l’image de César, quelle image portons-nous, nous-mêmes ?

La réponse se trouve dès les premières pages de la Bible : l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Voilà pourquoi Jésus nous conduit discrètement vers l’essentiel. L’argent peut être rendu à César, mais l’être humain appartient à Dieu.

Cette parole nous rejoint aujourd’hui avec une étonnante actualité. Nous partageons nos journées entre de multiples sollicitations : le travail, la famille, les responsabilités, les préoccupations matérielles, les écrans, les informations, les projets à mener. Toutes ces réalités sont légitimes et nécessaires. Jésus ne nous demande pas de nous en détourner ni de fuir nos engagements dans la société.

Il nous invite simplement à ne pas perdre de vue ce qui compte le plus.

Car il arrive que nous accordions à tant de choses la première place dans notre vie : nos réussites, nos inquiétudes, nos sécurités ou nos ambitions. Peu à peu, elles occupent l’espace qui revient à Dieu seul.

L’Évangile nous pose alors une question toute simple : où est mon cœur ? Qu’est-ce qui guide réellement mes choix ? En qui ai-je placé ma confiance la plus profonde ?

Dans un monde qui nous définit souvent par ce que nous possédons, produisons ou consommons, Jésus nous rappelle notre véritable identité. Nous sommes bien davantage que des contribuables, des électeurs ou des acteurs de la vie économique. Nous sommes des enfants de Dieu. Son image est inscrite au plus profond de nous-mêmes.

Puissions-nous accomplir fidèlement nos devoirs de citoyens et nos responsabilités quotidiennes, tout en gardant notre cœur tourné vers Celui dont nous portons l’image. Car c’est en nous donnant à Dieu que nous découvrons pleinement qui nous sommes.

Seigneur, apprends-nous chaque jour à te rendre ce qui t’appartient déjà : notre cœur, notre confiance et notre vie.

L’invitation que nous remettons toujours à demain

Il est frappant de constater que, dans la parabole du festin nuptial, les premiers invités ne refusent pas le roi parce qu’ils le détestent. Ils ont simplement « autre chose à faire ». L’un part à son champ, l’autre à son commerce. Rien de scandaleux. Rien de mauvais en soi. Juste des occupations, des urgences, des priorités.

C’est précisément là que la parole de Jésus nous rejoint avec une étonnante actualité.

Notre époque n’est pas forcément celle du rejet de Dieu. Elle est souvent celle de la distraction permanente. Nous courons après le temps, les projets, les échéances, les écrans, les performances. Nous remplissons nos agendas et parfois même nos cœurs d’une multitude de choses légitimes. Mais au milieu de ce tumulte, la question demeure : avons-nous encore du temps pour l’essentiel ?

Dans la parabole, le drame n’est pas que les invités soient méchants. Le drame est qu’ils ne perçoivent plus la grandeur de ce qui leur est offert. Ils échangent un banquet royal contre leurs préoccupations quotidiennes. Ils préfèrent l’immédiat au précieux, l’utile à l’essentiel.

Pourtant, le roi ne renonce pas. Face aux refus, il élargit l’invitation. Les portes s’ouvrent à tous : les bons comme les mauvais, les attendus comme les oubliés, les notables comme les inconnus. C’est l’une des plus belles images de l’Évangile. Dieu ne réserve pas sa table à une élite spirituelle. Son invitation est universelle. Personne n’est exclu de son désir de sauver.

Mais la parabole ne s’arrête pas là. Le vêtement de noces rappelle une vérité souvent oubliée : la grâce est gratuite, mais elle n’est jamais bon marché. Être invité au banquet ne consiste pas seulement à entrer dans la salle ; il s’agit aussi de consentir à une transformation intérieure. Le Royaume de Dieu n’est pas un club où l’on entre avec ses habitudes anciennes. C’est une vie nouvelle qui nous est proposée.

Peut-être faut-il entendre aujourd’hui cette parabole comme une question personnelle. Quelle place accordons-nous à l’invitation de Dieu ? Qu’est-ce qui nous empêche de répondre pleinement ? Quelles préoccupations occupent tellement notre esprit qu’elles finissent par étouffer l’appel à la joie, à la prière, à la fraternité et à la conversion ?

Au fond, l’Évangile n’est pas une menace mais une invitation. Dieu prépare toujours la fête. Les portes sont ouvertes. Le banquet est prêt. Reste à savoir si nous accepterons de quitter, un instant, nos champs et nos commerces pour répondre à l’appel du Roi.

Car le véritable scandale ne serait pas d’être rejeté par Dieu. Le véritable scandale serait de passer à côté de sa joie parce que nous étions trop occupés pour venir.

LE DANGER D’ÉTOUFFER LA VOIX DES PROPHÈTES

LE DANGER D’ÉTOUFFER LA VOIX DES PROPHÈTES

 

Lorsque, en l’an 70, les troupes romaines détruisirent Jérusalem et que le peuple juif disparut en tant que nation, les chrétiens firent une lecture terrible de cet événement tragique. Israël, ce peuple si cher à Dieu, n’a pas su répondre à ses appels. Ses chefs religieux ont tué les prophètes qu’il avait envoyés ; ils ont finalement crucifié son propre Fils. Maintenant, Dieu l’abandonne et permet sa destruction : Israël sera remplacé par l’Église chrétienne.

C’est ainsi que les premiers chrétiens lisaient la parabole des «vignerons meurtriers», adressée par Jésus aux grands prêtres d’Israël. Les laboureurs chargés de cultiver la «vigne du Seigneur» tuent l’un après l’autre les serviteurs qu’il leur envoie pour récolter les fruits. Finalement, ils tuent aussi le fils du propriétaire, dans l’intention d’éliminer l’héritier et de s’emparer de la vigne. Le maître n’a d’autre choix que de les mettre à mort et de confier sa vigne à d’autres laboureurs plus fidèles.

Cette parabole n’a pas été reprise par les évangélistes pour nourrir la fierté de l’Église, le nouvel Israël, face au peuple juif, vaincu par Rome et dispersé à travers le monde. La préoccupation était autre : la même chose que ce qui est arrivé à l’ancien Israël peut-elle arriver à l’Église chrétienne? Peut-elle décevoir les attentes de Dieu? Et si l’Église ne produit pas les fruits qu’il attend, quelles voies Dieu suivra-t-il pour réaliser ses plans de salut?

Le danger est toujours le même. Israël se sentait en sécurité : il avait les Écritures saintes, il possédait le temple, le culte était célébré scrupuleusement, la Loi était prêchée, les institutions étaient défendues. Rien de nouveau ne semblait nécessaire. Il suffisait de tout maintenir en ordre. C’est la chose la plus dangereuse qui puisse arriver à une religion: que la voix des prophètes soit étouffée et que les prêtres, se sentant propriétaires de la «vigne du Seigneur», veuillent l’administrer comme leur propriété.

C’est aussi notre danger. Penser que la fidélité de l’Église est garantie par son appartenance à la Nouvelle Alliance. Se sentir en sécurité parce que nous possédons le Christ. Cependant, Dieu n’appartient à personne. Sa vigne n’appartient qu’à lui seul. Et si l’Eglise ne produit pas les fruits qu’il attend, Dieu continuera à ouvrir de nouvelles voies de salut.

José Antonio Pagola

Le «OUI» qui engage

Le «OUI» qui engage

 

En ce 26ème dimanche du temps ordinaire de l’année liturgique A, à travers l’Évangile selon saint Matthieu (21, 28-32), Jésus raconte l’histoire de deux fils auxquels leur père demande d’aller travailler à la vigne. Le premier refuse catégoriquement en disant: « je ne veux pas». Mais peu après, se reprend, en exécutant la demande de son père. Le second quant à lui, répondit docilement : «Oui, Seigneur!», mais n’y va pas.

 

La vigne peut représenter notre vie quotidienne : notre famille, notre lieu de travail, nos relations et les personnes que nous rencontrons. C’est là, en effet, que se vérifie notre réponse à Dieu. La foi ne se mesure pas seulement à ce que nous affirmons ; elle devient visible et agissante à travers la manière dont nous aimons, pardonnons, aidons et prenons soin des autres.

 

Qu’est-ce qui compte le plus, nos paroles ou nos actes ?

 

Dans l’évangile, à travers l’attitude de ce premier fils, Jésus nous rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour changer de chemin. Un refus, une hésitation, une erreur ou un éloignement ne constitue pas le dernier mot dans notre cheminement chrétien.Cependant, à bien regarder notre façon de vivre et d’agir, nous ressemblons beaucoup au deuxième fils. Nous promettons beaucoup, nous employons les bons mots et nous sommes habités de bonnes intentions et désir de servir. Mais entre ce que nous disons et ce que nous faisons, il y a un écart. Notre « oui » reste souvent à la surface, sans véritable engagement concret.

 

La bonne nouvelle que nous révèle la parabole de ce dimanche est que Dieu n’attend pas de nous une perfection immédiate. Il nous donne le temps de nous convertir. Il patiente et nous offre l’opportunité de transformer notre « non » en « oui » et en même temps la possibilité de revenir vers lui, de prendre notre place dans sa vigne.A chacun de nous de se demander sincèrement : Où en suis-je? Y-a-t-il une cohérence entre mes paroles et mes actes? Combien de fois ai-je dit «oui» sans vraiment y répondre concrètement? Et quel «non» de ma vie suis-je prêt à transformer en un «oui» qui m’engagera?

 

Seigneur, Père plein d’amour et de bonté, donne-nous la grâce de passer des paroles aux actes, et fais que notre vie soit un véritable « oui » à ton amour pour le bonheur de tes enfants que nous sommes. Amen.

 

Sœur Béatrice NTABAJANA

Membre du CPP de Bonne Nouvelle

FAIRE CONFIANCE À LA BONTÉ DE DIEU

FAIRE CONFIANCE À LA BONTÉ DE DIEU

 

Je suis de plus en plus convaincu que beaucoup de ceux qui se disent athées sont des hommes et des femmes qui, en rejetant Dieu, rejettent en réalité une «idole mentale» qu’ils se sont fabriquée lorsqu’ils étaient enfants. L’idée de Dieu qu’ils portent en eux et avec laquelle ils ont vécu pendant plusieurs années leur est devenue trop étroite. À un moment donné, ce Dieu leur est apparu comme un être si étrange, si inconfortable et si dérangeant qu’ils ont décidé de s’en passer.

 

Je n’ai aucune difficulté à comprendre ces personnes. En discutant avec certaines d’entre elles, je me suis souvenu plus d’une fois des paroles justes du patriarche Maximus IV lors du Concile: «Moi non plus, je ne crois pas au dieu auquel les athées ne croient pas». En réalité, le dieu que certains ont supprimé de leur vie est une caricature qu’ils se sont faussement faite de lui. S’ils ont vidé leur âme de ce «faux dieu», n’est-ce pas pour laisser un jour la place au vrai Dieu?

 

Mais comment une personne peut-elle aujourd’hui rencontrer Dieu? Si elle s’approche de ceux qui se disent croyants, elle nous trouvera facilement en train de prier, non pas le vrai Dieu, mais une petite idole sur laquelle nous projetons nos intérêts, nos peurs et nos obsessions. Un Dieu dont nous voulons nous approprier et que nous essayons d’utiliser à notre avantage, en oubliant son immense et incompréhensible bonté envers tous.

 

Jésus brise tous nos schémas lorsqu’il nous présente, dans la parabole du «maître de la vigne», ce Dieu qui «donne à tous son denier», qu’ils le méritent ou non, et dit ainsi à ceux qui protestent: «Tu es jaloux parce que je suis bon?»

 

Dieu est bon avec tous, qu’ils le méritent ou non, qu’ils soient croyants ou athées. Sa bonté mystérieuse dépasse la foi des croyants et l’incrédulité des athées.

 

Ce que nous devons faire, c’est oublier nos schémas, faire silence en nous-mêmes, écouter jusqu’au fond la vie qui palpite en nous… et attendre, avoir confiance, laisser notre être ouvert. Dieu ne se cache pas indéfiniment à ceux qui le cherchent d’un cœur sincère.

 

José Antonio Pagola 
Traduction : Carlos Orduna

 

Entrailles de la miséricorde de Dieu

Entrailles de la miséricorde de Dieu

Depuis une ou deux semaines, les textes de l’Évangile selon saint Matthieu nous parlent des conflits au sein de la communauté chrétienne. Aujourd’hui, Pierre pose, comme d’habitude, une question très réaliste : « Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? » En réponse, Jésus lui raconte une parabole. Ce qui est frappant dans ce récit, c’est que le serviteur demandait simplement qu’on lui accorde un délai pour rembourser sa dette, alors qu’il reçoit une remise complète de celle-ci. Ce qui est également frappant, c’est la disproportion absolument vertigineuse entre les deux dettes évoquées dans le texte : dix mille talents d’un côté, et cent pièces d’argent de l’autre – soit, en valeur approximative, un rapport de 600 000 contre 1. Le maître reproche alors au mauvais serviteur de ne pas avoir remis à son compagnon sa petite dette : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? »

Dans ce texte, nous trouvons le mot grec ELEĒSAI, qui signifie « avoir pitié », ou « faire miséricorde ». Et un peu plus tôt, nous trouvons une autre expression très intéressante : « saisi de compassion », en grec SPLAGCHNISTHEIS, que l’on pourrait traduire littéralement par : « être ému dans ses entrailles ». Dans l’Évangile selon saint Luc (1,78), nous trouvons justement ces deux mots réunis dans l’expression grecque : SPLAGCHNA ELEOUS THEOU – « les entrailles de la miséricorde de Dieu ».

En hébreu, la miséricorde est notamment exprimée par les termes HESED et RAḤAMIM. Ce deuxième terme est particulièrement intéressant, parce qu’il est lié au mot REḤEM, qui signifie « le sein maternel ». Ainsi, on peut dire, de façon métaphorique, que la miséricorde de Dieu est liée à ses « entrailles », à son « sein maternel ». En d’autres termes, la miséricorde de Dieu est une source de vie, une source qui donne naissance à une vie nouvelle. Alors le pardon de Dieu nous fait renaître et nous donne la véritable liberté. Par conséquent, ceux qui ont vraiment fait l’expérience de cette miséricorde sont appelés, à leur tour, à transmettre aux autres cette vie nouvelle et cette libération intérieure, en accordant leur pardon à ceux qui sont devenus leurs débiteurs.

À la fin, je laisse la parole à la « secrétaire de la Miséricorde », sœur Faustine, qui note dans son Journal, le 24 septembre 1936 :

« Ma fille, parle au monde entier de Mon inconcevable miséricorde. Je désire que la fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge de toutes les âmes, et particulièrement de celles des pauvres pécheurs. Ce jour-là, les entrailles de Ma miséricorde sont ouvertes. Je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de Ma miséricorde. Toute âme qui s’approchera de la Confession et de la Sainte Communion recevra le pardon complet de ses fautes et la rémission de sa peine. En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoule la grâce. Qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de Moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate.

Ma miséricorde est si grande que, pendant toute l’éternité, aucun esprit, ni humain ni angélique, ne saurait approfondir tout ce qui est sorti des entrailles de Ma miséricorde. Chaque âme, en relation avec Moi, méditera Mon amour et Ma miséricorde durant toute l’éternité. La fête de la Miséricorde est issue de mes entrailles. Je désire qu’elle soit fêtée solennellement le premier dimanche après Pâques (J 19,26). Le genre humain ne trouvera pas la paix tant qu’il ne se tournera pas vers la source de Ma Miséricorde. »

Père Jan Jankowski

 

QUE FAIS-JE POUR UNE ÉGLISE PLUS FIDÈLE À JÉSUS?

QUE FAIS-JE POUR UNE ÉGLISE PLUS FIDÈLE À JÉSUS?

«Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux». La meilleure façon de rendre le Christ présent dans son Église est de rester unis en agissant «en son nom», animés par son Esprit. L’Église n’a pas tant besoin de nos professions de foi ou de nos critiques que de notre engagement concret. Nous pouvons nous poser bien des questions.

Que fais-je pour créer un climat de conversion collective au sein de cette Église qui a toujours besoin de renouveau et de transformation? Quelle serait l’Église si tous vivaient leur adhésion au Christ plus ou moins comme je la vis? Serait-elle plus ou moins fidèle à Jésus?

Qu’est-ce que j’apporte en termes d’esprit, de vérité et d’authenticité à cette Église qui a tant besoin de radicalité évangélique pour offrir un témoignage crédible de Jésus au milieu d’une société indifférente et incrédule?

Comment ma vie contribue-t-elle à édifier une Église plus proche des hommes et des femmes de notre temps, qui sache non seulement enseigner, prêcher et exhorter, mais surtout accueillir, écouter et accompagner ceux qui vivent perdus, sans connaître l’amour ni l’amitié?

Que puis-je apporter pour construire une Église samaritaine, au cœur grand et compatissant, capable d’oublier ses propres intérêts pour se consacrer aux grands problèmes de l’humanité?

Que fais-je pour que l’Église se libère des peurs et des servitudes qui la paralysent et la retiennent dans le passé, et qu’elle se laisse pénétrer et vivifier par la fraîcheur et la créativité qui naissent de l’Évangile de Jésus?

Que puis-je apporter en ce moment pour que l’Église apprenne à «vivre en minorité», sans grandes prétentions sociales, mais humblement, comme un «levain» caché, un «sel» transformateur, une petite «graine» prête à mourir pour donner la vie?

Que fais-je pour une Église plus joyeuse et plus porteuse d’espoir, plus libre et plus compréhensive, plus transparente et plus fraternelle, plus croyante et plus crédible, plus de Dieu et moins du monde, plus de Jésus et moins de nos intérêts et de nos ambitions? L’Église change quand nous changeons, elle se convertit quand nous nous convertissons.

José Antonio Pagola
Traducteur: Carlos Orduna