Fête du baptême de Jésus

En ce dimanche, fête du baptême de Jésus,

Revisitons son baptême et, par là même, notre propre baptême :

Messie ou Fils ? A diverses reprises dans l’Ancien Testament, Dieu a promis d’envoyer un serviteur pour relever son peuple. Le prophète Isaïe nous en offre un exemple dans la première lecture. Ce Messie, à la fois envoyé de Dieu et consacré par l’onction pour mener à bien sa mission, est attendu surtout à l’époque de Jésus en raison de l’occupation romaine Mais, le baptême du Christ est avant tout l’occasion d’entendre une voix venue du ciel et qui le déclare Fils de Dieu.

Jésus, qui n’a pas besoin du pardon des péchés, se fait quand même baptiser pour associer l’humanité tout entière à sa démarche. En célébrant cette fête, nous ravivons l’esprit de notre baptême.

 

Tu es mon Fils bien-aimé : Jean-Baptiste proclame un baptême de conversion. Lorsque Jésus se fait baptiser, ce n’est pas pour se convertir, mais pour se mêler au peuple des chrétiens et signifier qu’il est venu pour les sauver.

Le baptême de Jean n’est pas encore le baptême chrétien. Mais, nous ne pouvons pas célébrer le baptême du Christ sans évoquer notre propre baptême. En effet, par le baptême, nous sommes devenus fils ou fille du même Père. La Parole que Jésus entend de son Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie » s’adresse aussi à chacun des baptisés que nous sommes. En célébrant le baptême du Seigneur, nous sommes invités à rendre vivant notre propre baptême.

 

– Comment entretenir notre baptême ? D’abord, en prenant chaque jour un temps pour parler à Dieu et pour l’écouter dans sa Parole. N’hésitez pas à demander des choses pour vous et pas seulement pour les autres, afin de puiser l’énergie pour tenter de se conformer à l’exemple de la vie du Christ. De plus, pour alimenter et vivifier votre foi, participer à l’eucharistie et recevoir le sacrement de réconciliation est fondamental : vous y puiserez force et pureté pour la route. Cette démarche doit être régulière et ne pas dépendre juste de votre envie.

 

– Assumer sa responsabilité : Nous ne sommes pas chrétiens seulement pour nous-mêmes, mais surtout pour les autres. Dieu compte sur nous pour que nous soyons les relais de l’action divine. Chaque baptisé doit retrousser ses manches et pas seulement les prêtres. En tant que laïcs, notre travail constitue le premier lieu où nous pouvons exercer nos efforts de charité, en veillant par exemple à nous respecter les uns les autres.

 

Eliane RIBOT et Danielle RUIZ, Membres du C. P. P. de Bonne Nouvelle

(Extraits de Prions en Eglise et de l’Hebdomadaire La Vie

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Prédication

Sonner juste avec Dieu
par Frère Luc Devillers
 

Pour montrer en Jésus le nouveau Moïse, le nouveau Passeur de Dieu qui nous fait franchir les eaux du baptême, saint Matthieu construit son évangile sur cinq grands discours entrecoupés d’épisodes narratifs. L’épisode qui nous intéresse aujourd’hui, la scène du baptême de Jésus, se situe au début de sa vie publique. L’évangéliste y manifeste son souci pédagogique dans sa manière de raconter les choses. Ainsi, lui seul en fait le lieu d’une annonce solennelle adressée à tous les croyants, comme le rappelait l’oraison du début de cette messe : Quand le Christ fut baptisé dans le Jourdain, et que l’Esprit Saint descendit sur lui, tu l’as manifesté solennellement comme ton Fils bien-aimé.

En effet, seul saint Matthieu dit que la voix du Père s’est adressée aux assistants – et non pas à Jésus, dans le secret de son cœur – pour leur dire : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. C’est ainsi que le Père a « manifesté solennellement » son Fils. Et nous qui sommes réunis ce matin dans l’écoute attentive de cet évangile, considérons-nous comme les assistants de cette scène : c’est bien à nous qu’est adressée aujourd’hui cette parole du Père. Nous sommes invités à reconnaître en Jésus son Fils bien-aimé, celui qu’Isaïe, dans la première lecture, appelait aussi mon Serviteur et mon Élu.

Mais saint Matthieu a encore une autre manière de rendre la communauté des croyants présente au bord du Jourdain, puisque lui seul rapporte cette réaction de Jean-Baptiste : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! Lorsqu’il voit Jésus s’avancer pour se faire baptiser par lui, Jean est déconcerté : pourquoi le Seigneur, le Juste, le Saint, le sans péché, pourquoi veut-il recevoir le baptême, tel un pécheur ? N’est-ce pas l’inverse qui devrait se faire ? Jean n’a-t-il pas raison de proposer à Jésus qu’ils échangent leurs places ?

Jésus répond : Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. Mais « accomplir toute justice », qu’est-ce que cela veut dire ? N’entendons pas ce terme de justice avec notre mentalité moderne, pour laquelle il signifie attention aux petits, aux plus défavorisés, souci de l’équité, du respect des autres, souci aussi des règles de la vie en société. Tout cela, nous avons bien raison de le chercher, mais chaque jour aussi, cette justice nous échappe. C’est particulièrement vrai, tragiquement vrai, en ce moment, dans le pays de Jésus, la Terre sainte.

Cependant, la Bible fait de la justice quelque chose de plus vaste encore, et de plus essentiel : c’est l’ajustement de l’être humain à la volonté de Dieu, une volonté qui veut notre bien, notre salut. En musique, on dit que quelqu’un chante juste ou faux, ou que cela sonne juste ou faux. Être juste, c’est s’ajuster, se mettre au diapason du plan de Dieu. Être en harmonie, en parfait accord avec sa volonté. Marcher à la suite de Jésus, devenir son disciple par le baptême d’eau et d’Esprit, c’est accepter de se laisser accorder par lui, pour sonner juste, en même temps que lui et nos frères et sœurs. Et nous n’avons pas de trop de toute une vie pour apprendre à sonner juste comme Dieu est juste.

Quand on apprend le violon ou le violoncelle, on doit s’exercer à jouer des unissons. C’est-à-dire à produire la même note à partir de deux cordes différentes. Un professeur de violon disait à ses élèves : « Lorsque vous vous sentez seul(e), jouez des unissons… Vous serez bien vite deux ! » Car il est difficile de faire sonner ensemble deux cordes avec des doigtés différents, de façon à produire le même son sur l’une et sur l’autre. Il en va de même dans notre vie spirituelle. Dieu est le maître de nos vies : c’est lui qui nous donne le la de la vie, le la de la sainteté. Mais à nous, baptisés, d’apprendre à sonner juste par rapport à ce la que Dieu nous donne. À nous de nous ajuster à lui.

Dans la nuit de Noël, Dieu s’est fait l’un de nous. Mais, en recevant le baptême des pécheurs, Jésus exprime encore davantage son amour et sa solidarité avec notre humanité fragile et blessée. Qu’il nous aide alors à jouer tous ensemble notre partition de musique, pour que notre vie sonne juste, à l’unisson avec celle de Dieu. Amen.