Aimer Dieu, c’est vivre
L’un des plus beaux textes sur l’amour que j’aie lus dans ma vie n’est pas une phrase de poète, ni d’écrivain, ni même d’un grand philosophe, mais celle d’un moine. Le passage commence ainsi : « L’amour se suffit à lui-même, il plaît par lui-même et pour lui-même. Il est à lui-même son mérite, il est à lui-même sa récompense. L’amour ne cherche hors de lui-même ni sa raison d’être ni son fruit : son fruit, c’est l’amour même. » En lisant cet extrait du Sermon 83 de saint Bernard de Clairvaux, on reste muet… On y découvre une description saisissante de l’amour, qu’il s’agisse de l’amour pour Dieu ou de celui que nous portons à une personne humaine. »
Et même si nous sommes tous blessés, déçus ou meurtris par l’amour, nous n’arrivons pas à vivre sans aimer. Sans amour, quelque chose en nous s’éteint, car l’amour est ce qui anime notre être. Pourquoi Jésus nous demande-t-il d’aimer Dieu avant toute chose ? Cet amour nous rejoint au plus profond de nous-mêmes : il a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint (Rm 5,5) et il nous ouvre à la vie en nous libérant de notre enfermement intérieur. Aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces n’est pourtant pas quelque chose que nous pouvons accomplir par nos seules forces. Dieu lui-même rend cet amour possible : “Le Seigneur ton Dieu te circoncira le cœur, à toi et à ta descendance, pour que tu aimes le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, AFIN DE VIVRE” (Dt 30,6). Nous avons besoin d’une intervention de Dieu, d’une véritable opération à cœur ouvert, qui nous rende capables d’aimer (Ez 36,26). L’amour possède cette force extatique qui nous fait sortir de nous-mêmes. Nous sommes d’autant plus vivants que nous sortons de nous-mêmes, de cet enfermement intérieur où nous enferme la peur de la mort.
Cette vérité, saint Jean-Marie Vianney, patron de notre église du St Curé d’Ars, l’a vécue et exprimée dans une prière bouleversante :
« Je T’aime, ô mon Dieu, et mon seul désir est de T’aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie.
Je T’aime, ô Dieu infiniment aimable, et j’aime mieux mourir en T’aimant que de vivre un seul instant sans T’aimer.
Je T’aime, ô mon Dieu, et je ne désire le Ciel que pour avoir le bonheur de T’aimer parfaitement.Je T’aime, ô mon Dieu, et je n’appréhende l’enfer que parce qu’on n’y aura jamais la douce consolation de T’aimer.
Ô mon Dieu, si ma langue ne peut dire à tout moment que je T’aime, du moins je veux que mon cœur Te le répète autant de fois que je respire.
Ah ! fais-moi la grâce de souffrir en T’aimant, de T’aimer en souffrant et d’expirer un jour en T’aimant et en sentant que je T’aime.
Et plus j’approche de ma fin, plus je Te conjure d’accroître mon amour et de le perfectionner. Amen
Père Jan