L’humain, « être social »

LA MÉDITATION DE DENIS LEFEBVRE
Méditation sur notre expérience de faire partie d’une communauté. L’humain « être social »

Tout petit, j’ai expérimenté la vie communautaire avec mes deux frères (de 2 et 3 ans plus jeunes) pendant environ 10 ans. Nos parents nous ont appris et aidés à respecter les règles du vivre ensemble, et j’en garde un excellent souvenir. Beaucoup plus tard, j’ai participé plus de 10 ans aux activités de la communauté du Chemin Neuf avec ma femme et nos 4 enfants. Cette fois-ci, c’est Dieu notre Père et Jésus qui, par leur enseignement et par l’intermédiaire de l’Esprit Saint, nous ont aidés à vivre ensemble en nous respectant, en nous considérant comme des frères et sœurs.

Dans la famille comme dans la communauté, on ne choisit pas ses frères et ses sœurs. La vie communautaire m’a permis de découvrir que chaque personne est capable d’amour, de générosité, recèle en elle une part de beauté, même lorsqu’au premier abord je ne me sens pas du tout attiré par elle ou par lui.

Au Chemin Neuf, c’est bien le Seigneur qui nous réunissait. Nous l’invoquions avant les temps d’échange en petit ou grand groupe, pour qu’il nous aide à nous écouter avec bienveillance, à nous dire avec confiance, à entendre sa parole à travers nos frères et sœurs. Les témoignages de vie, très présents dans les temps de session, m’ont beaucoup aidé dans ma foi, dans ma vie de couple, et dans ma vie tout court. Les rencontres en communauté m’ont aussi permis de créer des amitiés. Me sentir relié par un même Père et une même foi m’ont aidé à faire la connaissance de membres de la communauté dans d’autres cultures (Burkina, Nouvelle Calédonie, Guadeloupe).

Tous ces liens m’ont apporté beaucoup de joie.

Donner, de sa vie

Évangile selon St Marc 12/41-44

Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu,

mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

 

Méditation de Claude et Jean de Thélin

Je me mets avec les disciples qui voient Jésus assis, et je me remémore ce qui vient de se passer… Par trois fois Jésus a annoncé sa passion, sa mort et sa résurrection. Il est revenu à Jérusalem pour y être affronté à tous ses adversaires. Il vient à l’instant de stigmatiser les scribes qui dévorent les maisons des veuves, et maintenant il est assis devant le trésor du temple.
Avec Jésus je regarde la foule… Il y a beaucoup de riches qui lancent dans le trésor de grosses pièces qui font du bruit… Puis vient cette femme, pauvrement vêtue… elle me fait penser à ces vieilles personnes que nous avons vues dans nos villages, tout de noir vêtues, avec un fichu sur la tête. Elle jette dans le trésor deux piécettes, à peine un quart d’as… Personne n’y fait attention.

Et j’entends Jésus qui appelle ses disciples et qui va commenter ce à quoi nous venons d’assister, et qui nous a semblé banal. Et voilà qu’il nous dit que cette veuve qui est pauvre a mis plus que tous ces riches qui ont mis de grosses sommes dans le trésor. Elle en effet a mis tout ce qu’elle avait, elle a fait le don de sa pauvreté, et plus encore de tout ce qu’elle avait pour vivre, de sa vie dit le texte grec.

Jésus est touché par cette femme qui lui révèle le geste qu’il va faire en offrant sa vie par amour pour nous. Il va se faire pauvre et plus que pauvre, mourir comme un malfaiteur, et donner sa vie pour tous ceux qu’il aime. J’entends ces paroles transmises par l’Évangile de Jean :

« Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne ».

Je peux relire tout le récit de la Passion et contempler ce don total du Christ en croix. Lorsque je participe à l’Eucharistie, je participe à ce mémorial du don du Christ qu’Il nous a laissé en disant :

« Ceci est mon corps, livré pour vous. »

Le don de soi, un fruit de la reconnaissance

Du Livre du Deutéronome 26

01 Lorsque tu seras entré dans le pays que te donne en héritage le Seigneur ton Dieu, quand tu le posséderas et y habiteras, 02 tu prendras une part des prémices de tous les fruits de ton sol, les fruits que tu auras tirés de ce pays que te donne le Seigneur ton Dieu, et tu les mettras dans une corbeille. 
Tu te rendras au lieu que le Seigneur ton Dieu aura choisi pour y faire demeurer son nom.

03 Tu iras trouver le prêtre en fonction ces jours-là et tu lui diras : « Je le déclare aujourd’hui au Seigneur ton Dieu : je suis entré dans le pays que le Seigneur a juré à nos pères de nous donner.» 04 Le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu.

05 Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen nomade, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse. 06 Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage. 07 Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions dans la misère, la peine et l’oppression. 08 Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte à main forte et à bras étendu, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges. 09 Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel. 10 Et maintenant voici que j’apporte les prémices des fruits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Ensuite tu les déposeras devant le Seigneur ton Dieu et tu te prosterneras devant lui. 11 Alors tu te réjouiras pour tous les biens que le Seigneur ton Dieu t’a donnés, à toi et à ta maison. Avec toi se réjouiront le lévite, et l’immigré qui réside chez toi.

La méditation de Vincent Leclair

Depuis la sortie d’Égypte, le peuple élu, en chacun de ses membres, est invité sans cesse à clamer sa reconnaissance : Dieu nous a libérés, il nous a donné une terre! Ce mémorial s’inaugure ici dans une liturgie dont la simplicité fait ressortir la dynamique de toute action de grâce.
D’abord, se mettre en route, vers la présence de Dieu. Non pas sans préparatif, mais en emportant des fruits du travail, fruits du don reçu.
En ce lieu, faire mémoire de ce que Dieu a fait pour la communauté et fait encore dans ma vie. Il entend, il voit, il libère, il conduit, il donne…

Au cœur de la démarche : offrir. C’est-à-dire reconnaître par le don en retour que ce qui a été reçu vient gracieusement de Dieu. Des fruits de la terre, nous pouvons élargir l’offrande à tout ce qui dans notre vie est marqué d’amour inconditionnel, de miséricorde, de don de soi…

Enfin, l’action de grâce s’accomplit dans la réjouissance débordante, à laquelle l’entourage le plus large est convié, celui qui n’a rien à offrir comme celui qui n’est pas d’ici. Ainsi, l’action de grâce (sens du mot « eucharistie ») manifeste que le don de Dieu est pour tous. Démarche personnelle, elle s’élargit au nom et au bénéfice du plus grand nombre.

« Ce qui veut dire le besoin où nous sommes de l’autre pour faire Eucharistie: « pour nous et pour la multitude »
— Christian de Chergé

Se donner et se recevoir

La méditation du Père Bernard

Au commencement était le don.

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? »
— 1ère Lettre au Corinthiens 4,7

Émerveillement devant la vie qui éclot, l’aurore qui chasse la nuit, l’eau qui désaltère, le sourire qui illumine le visage, le regard de tendresse, la bonne nouvelle du pardon, la vie en plénitude, celle qui traverse la mort.
 Que ton émerveillement ne se limite pas à ce que tu as reçu, à ce tu reçois. Qu’il s’élargisse pour embrasser aussi ce que tu donnes, ce que tu es capable de donner. Ta vie n’est pas faite que de calcul, d’échanges marchants, elle est faite aussi de gratuité. Et tu le sais bien, lorsque tu fais un cadeau, que ce soit un sourire, une parole ou un objet ce n’est pas une « chose » que tu donnes, c’est un peu de toi même qui est offert. Ainsi se déploient les relations humaines, dans la gratuité du recevoir et du donner. Ainsi tu peux t’émerveiller de la vie en croissance.
 En cette méditation, nous sommes déjà dans l’eucharistie, c’est à dire dans l’action de grâce. Dimanche lorsque le pain et le vin seront portés à l’autel tu verras dans la patène et le calice la création que tu offres à Dieu et tu t’offriras toi-même à travers le geste du prêtre. Et Jésus, le Christ notre Seigneur, qui n’a rien d’autre à donner que lui-même, s’offrira à toi et à nous dans le pain partagé. Tu y reconnaîtras celui que les hommes ont crucifié mais qui a su offrir par amour la vie qu’on lui prenait. Tu y reconnaîtras celui que le Père a fait surgir de la mort et qui est devenu source de « vie vivante » pour notre chair.

Attention ! « Serpents » !

En périgrination dans le désert, les hébreux étaient assaillis par des serpents venimeux. Dans notre monde d’aujourd’hui et depuis une année maintenant, nous sommes, nous aussi, assaillis par des serpents pernicieux, un virus et ses variants qui sèment l’angoisse et la mort, qui détruisent petit à petit notre monde d’avant et rendent difficile d’envisager notre monde d’après. Affrontés au problème de cette pandémie qui dure, nous n’avons plus de serpent de bronze suspendu à une perche comme les hébreux au désert qu’il suffisait de regarder pour être sauvé. Les masques, les vaccins, les distances ne sont pas des remèdes miracles mais des mesures sanitaires à respecter pour nous protéger les uns les autres. Moïse n’a pas dissuadé ses compatriotes à fabriquer un objet magique mais les incitant à lever les yeux, il les a invités à prier celui-là seul qui pouvait leur apporter le salut : le Dieu de l’Alliance.

Nous, nous avons la Croix du Christ dressée comme un pieu sur la colline du Golgotha.

Jésus s’applique à lui-même l’image du serpent : comme le serpent fut élevé par Moïse au désert, Il s’élève sur la croix afin que quiconque dirige son regard vers lui dans un acte de foi ait la vie éternelle. C’est peu de chose et cela suffit. Contempler le Christ en croix et percevoir dans son regard l’amour pur, l’amour vrai, l’amour miséricordieux qui nous est donné à jamais : telle est la richesse de grâce qui nous est offerte nous dit St. Paul en ce 4ème dimanche de carême.

Mais chacun est libre de croire que traverser l’épreuve de la Croix aboutit à la vraie vie de la Résurrection. Je peux détourner mon regard, je peux fermer les yeux en signe du refus de faire confiance, je peux ainsi paralyser la toute puissance de l’amour de Jésus venu me rendre la vie. Tel est l’enjeu de ce carême 2021 si particulier. Que notre démarche de foi nous aide à avancer dans la confiance. Lever les yeux et choisir la vie. Il a vaincu la mort.

 

Thérèse-Marie Potelle
Religieuses du Sacré-Coeur de Marie
Membre de l’Équipe d’Animation Pastorale

Force dans la faiblesse

Dans la deuxième lecture St. Paul annonce « le Messie crucifié ». Paul est conscient que cette proclamation est une folie et normalement ne doit avoir aucune signification pour qui que ce soit, le Messie ayant humainement échoué et de plus de façon scandaleuse (Dt 21, 23). Alors on peut se poser la question d’où vient cette conviction de Paul, son attachement à une telle proclamation étrange qui est «scandale pour les Juifs, et folie pour les Grecs». A mon avis il y a au moins trois motivations de l’Apôtre.

D’abord Jésus ressuscité s’est révélé à lui. En plus il s’est montré non comme un vainqueur puissant, mais comme celui qui est toujours désarmé malgré la victoire. Cela exprime bien les mots de Jésus adressés à Paul : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? (Ac 9, 4) ».

Ensuite l’Apôtre annonce ce message inhabituel parce qu’il se heurte à sa propre impuissance. On ne sait pas ce que c’est, on ne connaît que le fait qu’il rapporte lui-même dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, son expérience (2 Co 12, 7-9). Paul a vraiment éprouvé que la force se révèle dans l’impuissance. A partir de ce moment, Paul proclame la loi qu’il a lui-même découverte :

« … lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort »
(2 Co 12, 10)

En même temps, il est totalement conscient de cette étrangeté parce qu’il conclut : « Me voilà devenu insensé (2 Co 12, 11) ». Oui, c’est une folie de dire que la puissance est bien cachée dans l’impuissance. On voit maintenant de façon plus claire comment Paul a perçu ce qui s’appelle : la grâce.

J’ai résolu de dire la troisième raison de cette proclamation surprenante de Paul. Alors il ne s’agit pas seulement du contenu, mais aussi de la façon de l’exprimer. L’Apôtre prêche comme quelqu’un de simple, même tremblant, malgré sa bonne formation, par contre ouvert à l’action de l’Esprit Saint et en même temps il en perçoit les effets c’est-à-dire les gens qui se convertissent. Paul décrit ce processus à la communauté de Corinthe (1 Co 2, 1-5).

Bref : d’où vient cette « loi » bizarre que la puissance se manifeste dans la faiblesse ? Finalement, de la croix et de la résurrection de Jésus Christ. Elle nous dit : la vie est cachée dans la mort ; dans l’échec il y a le gain. Autrement dit : la grâce de Dieu agit fructueusement surtout là où nous sommes perdus et totalement impuissants (Rm 5, 20).


P. JAN JANKOWSKI
Curé de la Paroisse Bonne Nouvelle à Béziers

Connaître et croire connaître Jésus

Évangile de Jésus Christ selon Saint Jean, chapître 3

01 Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs.

02 Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. »

03 Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. »

04 Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître?»

05 Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. 06 Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit.

 

Méditation du Père Bernard

Regardez Nicodème, il va trouver Jésus du nuit… hésitation, respect humain… ? Est-ce que cette attitude trouve une résonance en vous ? Vous sentez-vous à certains moments proche de lui ?

Écoutez maintenant la première parole de Nicodème. C’est une belle profession de foi, je vous invite à la dire avec lui, en pesant chaque mot. D’ailleurs Nicodème dit « nous » peut-être pour que nous disions avec lui. Vous pouvez ajoutez vos propres mots, votre propre profession de foi.

Écoutez maintenant la réponse de Jésus. Laissez-vous surprendre. Pourquoi ne dit-il pas « Tu as bien parlé, tu n’est pas loin du Royaume » ?

Arrêtons-nous sur la question qui semble naïve de Nicodème (verset 4). Il nous rappelle que la naissance est un « aller » sans « retour » que l’on soit vieux ou bébé, c’est pareil. C’est la sortie d’un monde pour un autre monde à découvrir, à apprivoiser.

Réfléchissez à cette nouvelle naissance dont parle Jésus, faites une comparaison avec la première naissance. Notre baptême serait-il aussi important que notre naissance ? Aurait-il autant de conséquences ?

Rendez grâce à Dieu qui vous a engendré dans l’eau et dans l’Esprit, réjouissez-vous de ce cadeau qui vous a été fait, élargissez votre cœur pour accueillir largement cette vie nouvelle qui vous est donnée.

Nicodème croit connaître Jésus mais il ne le connaîtra en vérité que s’il accepte de renaître. Vous voulez connaître ce qu’est la messe, vous n’y parviendrez pas avec des explications mais seulement en laissant surgir la vie nouvelle que le baptême continue de faire jaillir en vous.

Comment se préparer à la rencontre du Seigneur?

Elie à l’Horeb
Lecture du 1er livre des Rois (19, 9-14)

Lorsque le prophète Élie fut arrivé à l’Horeb, la montagne de Dieu, il entra dans une caverne et y passa la nuit. La parole du SEIGNEUR lui fut adressée : « Que fais-tu là, Élie ? » Il répondit : « J’éprouve une ardeur jalouse pour toi, Seigneur, Dieu de l’univers. Les fils d’Israël ont abandonné ton Alliance, renversé tes autels, et tué tes prophètes par l’épée ; moi, je suis le seul à être resté et ils cherchent à prendre ma vie. »

Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. »

A l’approche du SEIGNEUR, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le SEIGNEUR n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le SEIGNEUR n’était pas dans le tremblement de terre ; et après le tremblement de terre, un feu, mais le SEIGNEUR n’était pas dans ce feu, et, après ce feu, une voix de fin silence.

Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. Alors il entendit une voix qui disait : « Que fais-tu là, Élie ? » Il répondit : « J’éprouve une ardeur jalouse pour toi, Seigneur, Dieu de l’univers. Les fils d’Israël ont abandonné ton Alliance, renversé tes autels, et tué tes prophètes par l’épée ; moi, je suis le seul à être resté et ils cherchent à prendre ma vie. »

 

La méditation de Françoise Cabrol

Elie est un prophète passionné, qui s’est dressé pour défendre la grandeur et la puissance de Dieu . Il vient d’opérer un coup d’éclat en manifestant que son Dieu est plus fort que les Baals, les divinités adorées par les païens… jusqu’à tuer tous les prophètes de Baal. Après cet épisode, la reine Jézabel s’est jurée de le faire mourir. Découragé, presque désespéré, Elie fuit au désert, prêt à se laisser mourir. Cependant, le Seigneur ne l’oublie pas : un ange lui apporte réconfort et nourriture. Elie se met en marche pendant 40 jours et 40 nuits vers l’Horeb, le lieu même où quelques siècles plus tôt le Seigneur apparut à Moïse. Ce long chemin a permis à Elie de se préparer à la rencontre du Seigneur.

Arrivé à l’Horeb Elie passe la nuit dans une caverne. Dans sa solitude, il se laisse interroger par le Seigneur : « que fais-tu là ? » ; il répond simplement, en disant ce qui le meut : « une ardeur jalouse pour le Seigneur, un feu intérieur qui le conduit à tout faire pour que le Seigneur seul soit adoré et servi. » Et le Seigneur le prévient qu’il va passer.

Elie va au devant du Seigneur avec ce qui l’habite, ce qu’il est.

Comment se préparer au passage et à la rencontre du Seigneur ?

A l’approche de Dieu, les éléments se déchaînent : ouragan violent, tremblement de terre, feu. Ces éléments rappellent la manifestation de Dieu à Moïse sur le Sinaï (Ex 19,16-19). Dans ces manifestations imposantes, Dieu n’est pas. Elie reconnaît la présence de Dieu « à la voix du fin silence absolu », un silence, c’est l’absence de son, précisément !

Nous sommes en présence d’un Dieu de douceur ,qui se manifestant par une divine discrétion nous invite à une intériorité.

Cette révélation, pourtant si nouvelle, Elie semble préparé à la reconnaître. « Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne » D’avance, il accepte de ne pas voir comme Moïse qui se « voila la face car il craignait de fixer son regard sur Dieu » ; il accepte que sa rencontre avec Dieu ne soit qu’une écoute. Ce calme ténu qui signale Dieu demeurera pour Elie, et pour tout croyant après lui, une invitation permanente à tendre l’oreille pour écouter sa voix, à entrer dans son intimité.

Au début et à la fin du récit, le dialogue ente Dieu et Elie sont en apparence les mêmes. Mais entre les deux le Seigneur a fait cheminer Elie. Celui ci, esclave de sa soif de pouvoir, de son image de Dieu vient de découvrir le vrai visage de Dieu. Un Dieu discret, caché, à peine perceptible. Un Dieu qui se fait proche, parle à l’homme, nous invite à une intériorité

Nous pouvons demander à Dieu qu’il nous fasse le don d’un cœur silencieux, qui apprenne à le reconnaître tel qu’il se donne et non tel que nous nous le représentons.

Être disponible, se préparer à la rencontre

Je fais souvent l’expérience de me tenir enfermée dans un ‘’mal-souffrance’’ qui me tient liée dans cet état. Concrètement : je refuse une partie de mon corps, qui est tendu voir douloureux, peut garder les traces d’une blessure.
Ou bien je n’accueille pas la tristesse, l’agacement, la frustration, la colère, la désespérance à l’intérieur de moi.

Ce sont parfois des pensées qui tournent en boucle dans ma tête, et prennent toute la place. Je suis incapable d’aucune rencontre, ni avec moi-même, ni avec l’autre, encore moins avec le Tout Autre. Je le constate avec douleur, impuissance, la vie est bloquée. Mon incapacité à accepter que ’’c’est comme ça pour l’instant’’ bouche la circulation de la vie. Si je vais d’un point à un autre dans la rue, je ne vois rien, n’entends rien ; si je prends un repas je ne goûte rien ; si je rencontre une personne, je ne reçois rien d’elle, je peux juste prendre ce dont j’ai besoin de l’autre. Cette situation est asséchante.

J’expérimente aussi de me prendre avec gentillesse, quel que soit mon état physique, moral, émotionnel. Je suis présente à moi-même sans jugement, même si je ne peux ouvrir la porte en grand, je reçois avec mes 5 sens et tout mon corps les objets, l’environnement qui m’entoure, les personnes près de moi. Je donne et je reçois de l’autre, nos différences enrichissent la vie qui circule. Je me tiens à ma place et permets à l’autre de se tenir à la sienne. Il y a toute la palette des relations, de la cordialité polie, de la sympathie à l’amitié, qui amène le plaisir d’être ensemble… ou bien les différends, l’incompréhension, la rancœur… et je consens que c’est comme ça pour l’instant, avec une pauvreté bienveillante qui rend la rencontre possible.

Que se passe-t-il quand je décide de prendre un temps de prière dans ma maison ou d’aller célébrer avec d’autres ? Comment puis-je recevoir Dieu si je ne me reçois pas moi-même ? Je constate que ça ne peut se faire.

Pour moi, la grande révélation pour être présente à moi-même, c’est de savoir que Jésus a connu la faim, la soif, le besoin de repos… il a éprouvé toute la palette des sentiments, il s’est réjoui, a été remué aux entrailles à la mort de Lazare, il a manifesté sa colère aux marchands du temple, il a connu la trahison, l’abandon de ses disciples… Il a tout traversé fidèlement affilié à son Père ! C’est un modèle, aussi je peux m’avancer telle que je suis, sans crainte d’être rejetée.

Il me propose de vivre avec moi toutes les couleurs et les teneurs de ma vie si je suis présente et m’ouvre à Sa Présence.

Le Père m’attend et guette ma disposition à le recevoir. Il vient chaque jour me dire, comme à chacun : ‘’que veux-tu ?’’ Il nous espère, nous relève, nous redresse nous fait confiance. Oui, je suis sûre de Son Amour fidèle. Alors je veux vouloir me tenir dans une présence sincère à moi-même, ouverte à Sa Présence, pour la Rencontre !

Méditation Mooc Messe – Semaine 2, vendredi

Évangile Selon Saint Jean, Chapitre 10

14 Moi, je suis le bon pasteur ;
je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent,
15 comme le Père me connaît,
et que je connais le Père ;
et je donne ma vie pour mes brebis.
16 J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos :
celles-là aussi, il faut que je les conduise.
Elles écouteront ma voix :
il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.
17 Voici pourquoi le Père m’aime :
parce que je donne ma vie,
pour la recevoir de nouveau.
18 Ma vie nul ne la prend
mais c’est moi qui la donne.

 

Méditation de Soeur Annie Françoise
En Jésus tout est don, tout est Amour.

C’est avec une grande liberté intérieure qu’il avance sur le chemin de la croix. Ce passage obligé que Jésus consent à vivre uni à son Père, est rempli d’Amour pour nous tous. Il a une mission à accomplir : faire connaître son Père et nous sauver.

Accueillir ce don du Salut qu’il nous a obtenu, c’est entrer dans son alliance, c’est arriver à quitter nos chemins de mort pour demeurer avec Lui dans ses chemins de vie. Nous pouvons ainsi comprendre cette parole :

« De même que moi je vis par le Père, de même celui qui me mangera vivra par moi » — Jn 6, 57.

Ces chemins nous amènent à nous tourner vers les autres pour leur communiquer l’amour que nous recevons de Lui.

Avant de dire  “ Seigneur, je ne suis pas digne…” disons dans nos cœurs : “le Christ Jésus a fait de sa vie du pain pour nos vies”. Ainsi nous verrons et découvrirons que grâce à Lui, nous pourrons devenir du bon pain pour les autres. Nourris de son Eucharistie, dans la foi, nous savons que cette nourriture vivifiante et fortifiante, nous soutient et nous donne la capacité d’accomplir la mission qui est la nôtre. Comme Lui et avec Lui, nous pouvons dire :

« Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne »
— Jn 10, 18.