Concert de l’Ensemble Vocal Tutti, le 6 juillet 2022

L’Ensemble Vocal Tutti a vu le jour en septembre 2013.

Composé initialement de chanteurs amateurs, il s’est récemment adjoint des professionnels enthousiasmés par la dynamique insufflée par Antoine Miannay.

L’ensemble fait preuve d’une sincère cohésion amicale qui lui a permis de traverser les épreuves liées aux difficultés sanitaires en produisant des concerts dès la levée des restrictions officielles.

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Programme

Ubi caritas

Maurice Duruflé (1902-1986)

Bogoroditse Devo

Sergei Rachmaninov (1873-1943)

Christus factus est

Anton Bruckner (1824-1896)

Stabat mater D 175

Franz Schubert (1797-1828)

Ständchen

Franz Schubert (1797-1828)

Tantum Ergo K 142

Wolfgang A. Mozart (1756-1791)

 Credo RV 591, Credo, Et incarnatus est, Crucifixus,
Et resurrexit

Antonio Vivaldi (1678-1741)

Messe en fa mineur op. 159
Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Benedictus, Agnus Dei

Josef Rheinberger (1839-1901)

 

 

EXPÉRIENCE DE LA NUIT

Par Joseph Bremond

Après ce survol historique dans l’Art Roman et l’Art Gothique, nous vous proposons en conclusion de la soirée, un temps dédié à la nuit et à la lumière.

D’abord, quelques instants de silence… et de nuit.

Nous allons éteindre les éclairages pour nous retrouver dans une certaine obscurité. En cette période des nuits les plus courtes de l’année, nous ne serons que dans la pénombre.

Nous vous proposons d’expérimenter votre présence dans cet espace de pierre, une découverte d’un lieu dans des conditions particulières de silence et de pénombre.

Laissez monter en vous les sensations offertes par cette architecture, soyez attentifs à vos réactions intimes…

Nous écouterons ensuite un poème mystique de Jean de la Croix : La Nuit Obscure ;

Et après quelques instants encore de silence, nous nous laisserons enchanter par la voix d’un jeune garçon.

Enfin nous célèbrerons le Lucernaire, ce chant de l’allumage des lampes, accompagné de lumière, de beaucoup de lumière.

LUCERNAIRE Hymne « Lumière joyeuse »

L’hymne ‘Lumière joyeuse ’, qui est la plus ancienne hymne chrétienne conservée (IIème ou IIIème siècle), fait partie intégrante de l’Office orthodoxe des vêpres. 

Le Lucernaire, du latin Lucernarium (c’est-à-dire : allumage des lampes) est le rite d’allumage des lampes dans les offices du soir (vêpres ou complies). 

Il retrouve une certaine faveur à la suite du Concile Vatican II et la réforme de l’Office divin (ou Liturgie des Heures).

Joyeuse lumière, splendeur éternelle du Père.
Saint et bienheureux Jésus Christ !
Venant au coucher du soleil
Contemplant la lumière du soir
Nous chantons le Père et le Fils,
Et le Saint Esprit de Dieu.
Nous Te chantons, Ressuscité,
Toi qui surgis des ténèbres du tombeau
Étoile du matin qui devance l’aurore
Dont l’éclat resplendit jusqu’au monde nouveau.
Reste avec nous, Seigneur,
Car déjà le jour baisse
Illumine nos yeux au soir de cette Pâques
Toi la lumière qui ne connaît pas de couchant

 

NUIT OBSCURE NOCHE OSCURA

POÉSIE DE SAINT JEAN DE LA CROIX

Texte en espagnol lu par Gladys Madera-Lozanos pour la 1ère et 8ème strophe
en français lu parJacques Biau pour les strophes 1 à 4
par Sœur Françoise pour les strophes 5 à 8

 

1 Dans une nuit obscure,
Par un désir d’amour tout embrasée
Oh ! l’heureuse aventure !
Je sortis sans être vue,
Ma maison étant désormais apaisée.

En una noche oscura
con ansias en amores inflamada
oh dichosa ventura !
salí sin ser notada
estando ya mi casa sosegada,

 2 Dans l’obscure et en sûreté,
Par l’échelle secrète déguisée
Oh ! l’heureuse aventure !
A l’obscure et en cachette,
Ma maison étant désormais apaisée.

3 Au sein de la nuit bénie,
En secret – car nul ne me voyait,
Ni moi je ne voyais rien
Sans autre lueur ni guide
Hors celle qui brûlait en mon cœur

4 Et celle-ci me guidait,
Plus sûre que celle du midi,
là où m’attendait
Que je connaissais déjà,
Sans que nul en ce lieu ne parût.

 5 Ô nuit qui m’a guidée !
Ô nuit plus aimable que l’aurore !
Ô nuit qui as uni
L’Aimé avec son aimée,
L’aimée en son Aimé transformée

6 Sur mon cœur couvert de fleurs,
Qui entier pour lui seul se gardait,
Là il s’endormit
Et moi je le caressais,
Et l’éventail de cèdres aérait

7 L’air du créneau,
Quand moi j’écartais ses cheveux,
De sa main sereine,
Au cou me blessait,
Et tous mes sens tenait en suspend

8 Je me tins coi, dans l’oubli,
Le visage penché sur l’Aimé.
Tout cessa. Je m’abandonnai,
Abandonnant mon souci,
Parmi les lis, oublié.

Quedéme y olvidéme
el rostro recliné sobre el amado ;
cesó todo, y dejéme
dejando mi cuidado
entre las azucenas olvidado.

 

SUGER DIEU ET LA LUMIÈRE

Texte lu par Laurent Pascal

SUGER est né en 1080, au Nord de Paris. Il mourra en 1151 dans son abbaye de Saint Denis

Il est âgé de dix ans quand sa mère décède. Son père le fait alors accepter comme écolier à l’abbaye de Saint Denis où il se lie d’amitié avec des fils de familles importantes du royaume, notamment le Prince Louis, le futur roi de France Louis VI.

Après de brillantes études il devint moine. Ses supérieurs lui confient des missions d’administration de prévôtés en Normandie puis dans la Beauce.

Il sera élu abbé de Saint Denis à 42 ans, selon les procédures de la réforme grégorienne, c’est à dire sans que l’on ait sollicité l’accord du Roi.

SUGER sut apaiser ce qui aurait pu envenimer les relations de l’Église et de la Royauté.

Ce différent n’avait pas empêché que le Roi Louis VI en fasse son conseiller et l’avait chargé de missions diplomatiques, des missions souvent de nature militaire pour assurer la défense de plusieurs cités.

Une mission d’une toute autre nature lui fut confiée en 1137 : conduire Louis, le fils du roi et futur roi lui-même, à sa future épouse, Aliénor d’Aquitaine.

Le roi Louis VII, malgré le conseil de SUGER de ne pas l’entreprendre, décida de partir pour la deuxième croisade et lui confia la régence de la France. Il gouverna la France pendant deux ans, de 1147 à 1149.

Ces ambassades et cette régence disent l’importance du rôle de SUGER dans la vie politique française du XIIème siècle.

Dans un tout autre domaine, celui de l’architecture, SUGER fut un novateur exceptionnel. Nous avons vu combien ses conceptions architecturales étaient à l’opposé de celles de son ami Bernard de Clairvaux.

Il refusait la pénombre et l’austérité cisterciennes.

L’architecture devait frapper les fidèles par sa beauté issue de la lumière.

Car pour lui « Dieu est lumière ».

L’architecture devait exalter la magnificence de Dieu.

La basilique devait s’offrir à nos regards comme une image de la cité de Dieu :

La Jérusalem Céleste,

 

Une image symbolique qui renvoie au-delà d’elle-même, une image qui tente de rendre l’invisible visible et de dire l’indicible.

L’art ogival se développa rapidement dans cette région de l’Ile de France, ce qui lui donna son nom : L’Art Français. Il se répandit bien au-delà de l’Ile de France, dans toutes les provinces du royaume et dans toute l’Europe, jusqu’au XVème siècle.

Après la transition du roman au gothique de base pendant les XIIème et XIIIème siècles, on vit le passage au gothique rayonnant au XIVème siècle, encore à partir de Saint Denis dont on suréleva le chœur.

Vint ensuite le Gothique Flamboyant, une forme très sophistique imitant des flammes. C’était une étape vers des surcharges décoratives qui annonçaient un déclin.

La Renaissance du XVIème siècle balaya ce style. Par mépris, on lui donna le nom « d’art gothique » c’est à dire issu de tribus barbares réputées sans culture…

Notre cathédrale, dans les des époques successives de sa construction, est un exemple typique de l’évolution des style architecturaux :

– le romans, avec ses restes dans la première travée

– le gothique de base, dans les transepts, la croisée centrale et les voutes de la première travée.

– le gothique rayonnant dans le chœur

– un glissement progressif vers le gothique flamboyant des deux dernière travées et, plus clairement affirmé, dans le portail occidental et la chapelle servant aujourd’hui de sacristie.

 

JE VOUS REMERCIE…

 

LE SENS DE LA LUMIÈRE DANS L’ART GOTHIQUE

Texte lu par Marie-Hélène Soyer

Les grandes églises de pèlerinage devaient accueillir les pèlerins dans un lieu bien éclairé pour faciliter leur déambulation d’adoration des reliques conservées dans ces sanctuaires.

Avant même que ne s’ouvre l’époque gothique, la Lumière devient de plus en plus recherchée dans l’architecture au cours du XIIème siècle, comme à Saint Sernin de Toulouse, Saint Jacques de Compostelle, ou encore l’abbaye de Conques. Ces sanctuaires de grands rendez-vous des « romieux » deviennent des espaces de lumière.

En même temps, la pensée du XIème siècle évolue : la perception des réalités terrestres prends davantage en compte l’individu. L’abstraction difficile et exigeante de l’ombre des chapelles romanes fait place à une recherche du lumineux.

Dans ce contexte culturel, la rigueur cistercienne prônée par Bernard de Clairvaux n’était pas acceptée par tous les religieux.

Le débat sur la conception des églises s’établira entre Bernard et le nouvel abbé de Saint Denis, son ami SUGER. Ces deux hommes étaient parmi les plus importants de ce XIIème siècle. Le premier joua un rôle de guide spirituel auprès du Pape et des Rois. Le second, habile gestionnaire, avait toute la confiance de Louis VI, auprès duquel il joue un rôle proche de celui, aujourd’hui, d’un Premier ministre.

Bernard et SUGER avaient en commun d’être très religieux. Ils s’imposaient une vie personnelle très austère, mais, ils s’opposaient radicalement en matière d’architecture.

Alors que Bernard prônait le plus grand dépouillement, Suger avait le souci de magnifier la gloire de Dieu :

« Pour moi, je le déclare, ce qui m’a paru juste avant tout, c’est que tout ce qu’il y a de plus précieux doit servir d’abord à la célébration de la sainte Eucharistie »

La passion pour l’art chrétien de la part d’un homme voué à l’humilité et à la pauvreté bénédictines était profonde chez lui. Une inscription sur les portails de Saint Denis donne la clé de sa philosophie concernant le Beau :

« Notre pauvre esprit est si faible, que ce n’est qu’à travers les réalités sensibles qu’il s’élève jusqu’au vrai »

Il eut l’intuition géniale des possibilités architecturales de la voute sur croisées d’ogives dont les premières avaient été réalisées à Morienval. Depuis quelques années, les maîtres d’œuvre romans avaient peu à peu mis au point des systèmes de voûtes avec une ossature faite de deux arcs de pierre en diagonale sur le carré qu’il fallait couvrir.

La structure gothique, avec son squelette de pierres, les croisées d’ogives, va libérer les murs de leur fonction porteuse, laisser la place à des verrières et ainsi s’ouvrir à la lumière. C’est ainsi qu’il fait agrandir la basilique de Saint-Denis en faisant entrer la lumière par un grand nombre de vitraux qui illuminent le chœur et la nef de l’église.

Il faut que le nouveau bâtiment soit le reflet d’une idée moins matérielle et plus durable :

Saint-Denis, abbaye et nécropole royale officieuse depuis les Mérovingiens, doit le devenir officiellement. Suger reconstruit alors le chœur de l’abbatiale dans ce style nouveau, que l’on appellera plus tard « gothique » : une voûte de grande hauteur, des structures légères ajourées de somptueux vitraux.

Cette « architecture de lumière » éblouit les fidèles et les élève vers Dieu.

Ce sanctuaire va offrir une représentation de la Jérusalem Céleste.

C’est l’image d’une magnifique cité :

– à l’extérieur, par ses pinacles, comme les nombreuses tours d’une ville formidable, symboliquement invincible.

– à l’intérieur, un espace défini par des vitraux aux mille couleurs.

Une Jérusalem Céleste qui s’inspire de la description donnée par Saint Jean dans l’Apocalypse (21, 18-22) :

«… La ville sainte, Jérusalem qui descend du ciel, envoyée par Dieu.

La gloire de Dieu l’éclaire de sa lumière…

… Les murs de la ville sont posés sur 12 pierres de fondation, et sur ces pierres, il y a les noms des 12 apôtres de l’Agneau.

… Le rempart est construit en jaspe et la ville est de l’or pur, comme du cristal bien pur.

… Les assises de son rempart sont rehaussées de pierreries de toutes sortes :

Douze pierres précieuses sont nommées par Saint Jean :

« …jaspe, saphir, calcédoine, émeraude, sardoine, cornaline, chrysolite, béryl, topaze, chrysoprase, hyacinthe et, la douzième, ’améthyste. »

Ces douze pierres, reprennent celles du plastron que le Grand Prêtre, dans l’Ancien Testament, devait revêtir avant d’entrer dans le Saint des Saints.

Ces pierres rappelaient les douze tribus d’Israël, sacralisées par la Promesse de la Première Alliance.

Maintenant, dans la Nouvelle Alliance, l’Église accueille l’assemblée des Chrétiens, les pierres vivantes du Temple. Cette église, parée de pierreries, devient le symbole de la Jérusalem Céleste…

Sur les vitraux, figurent des scènes de la Bible ou de la vie des saints.

Il n’est pas du tout sûr que ces images aient pu constituer un grand livre de catéchèse, car elles sont très difficiles à déchiffrer ; c’est trop loin ; sauf exception pour les plus basses parfois.

Ces image bibliques avaient une autre finalité :

  • En passant à travers ces scènes bibliques, la lumière « profane » devenait « lumière sacrée ».
  • La lumière qui baigne la Jérusalem céleste, c’est la Lumière divine.

Pour ceux qui, parmi nous, ne sont pas dans une démarche de Foi, nous espérons vous avoir aidé à comprendre la profondeur des motivations des constructeurs de nos églises.

Pour ceux qui sont en marche dans la Foi : vous pouvez expérimenter cette dynamique fructueuse entre Foi et Symboles :

  • Notre Foi nous aide à lire les Symboles,
  • La force révélatrice de ces Symboles nous affermit dans la Foi

 

MERCI

 

OMBRE ET LUMIÈRE POUR SAINT BERNARD

Texte lu par Sœur Françoise Wyckaert

Saint Bernard, un personnage emblématique du XIIème siècle.

Bernard est né en 1090, dans une famille de moyenne noblesse bourguignonne. À 10 ans la mort de sa mère le blesse profondément.

Après avoir connu une vie mondaine, il prend la décision, au printemps 1112, à 22 ans de rentrer à l’abbaye de Citeaux qui s’est détachée de l’Ordre de Cluny, pour vivre plus rigoureusement la règle de Saint Benoit.

Très vite, le jeune moine devient un élément essentiel de l’ordre. Il a seulement 25 ans quand le père abbé l’envoie fonder une nouvelle maison cistercienne, ce sera la célèbre abbaye de Clairvaux.

Sous son autorité, le rayonnement cistercien fut considérable. Pendant ses 38 ans d’abbatiat, Bernard contribue à la création de 68 abbayes-filles de Clairvaux, dont 35 pour la France, qui à leur tour vont essaimer.

Au milieu du XIIème siècle, Cîteaux compte, dans tout le monde chrétien, 343 établissements, soit plus que Cluny (environ 300). Prônant une doctrine du dépouillement artistique, il défend une application stricte de la Règle de saint Benoît. Il s’oppose en cela au modèle clunisien, à qui il reproche notamment d’avoir abandonné le travail manuel et le silence et, surtout, de mener grand train.

Tout à l’heure, l’importance de Saint Bernard dans le développement de l’architecture cistercienne nous a été rappelée. Les moines cisterciens sont arrivés à une exigence de pureté qui marque profondément l’architecture de leurs abbayes.

Ils avaient adopté ce précepte philosophique de l’Antiquité :

Il faut ouvrir les yeux de l’âme en fermant ceux du corps.

Pour mieux comprendre sa pensée sur l’ombre et la lumière, nous vous proposons d’entendre ce que nous en dit un cistercien contemporain, le frère JOÊL, moine de Citeaux. Ce texte nous aidera à pénétrer plus profondément dans les intentions architecturales des constructeurs romans cisterciens du XIIème siècle :

L’IMAGE DE L’OMBRE, SELON SAINT BERNARD

Elle est d’abord l’ombre de l’esprit qui couvre Marie à l’Incarnation.

Mais selon une interprétation originale de Saint Bernard, cette même ombre est aussi l’humanité de Jésus.

Elle comporte deux aspects :

  • elle est le lieu de la présence divine et personnelle du Verbe,
  • elle est protectrice car elle tamise l’éclat divin, impossible à supporter pour une simple créature, fut-elle toute pure comme Marie. 

L’ombre est donc le lieu de la présence de Dieu adaptée à nous…

Bernard dira que l’ombre c’est la Foi. Nous trouvons là une clé d’interprétation pour l’architecture cistercienne, comme art de l’Incarnation et non pas, comme il pourrait sembler au premier abord, dépouillement exprimant l’inaccessibilité de Dieu.

Tout au contraire, la présence du Dieu proche y est sans cesse suggérée, par le jeu de l’ombre et de la lumière qui correspond si bien à celui de la présence et de l’absence dans le dialogue d’Amour de l’Époux et de l’Épouse du Cantique.

Au Sermon 56 sur le Cantique (n° 1) Saint Bernard parle de l’Époux qui s’approche derrière le mur, et cette approche c’est l’Incarnation.

L’Épouse perçoit sa présence, il s’infiltre à travers les fissures du mur, les fenêtres et les grillages qui sont les sens charnels et les affections humaines au moyen des quelles il fait l’expérience de notre humanité.

Comment ne pas penser aux fenêtres, qui percent les murs des abbatiales cisterciennes?

(Frère JOËL, de CÎTEAUX)

Fin de citation

Son austérité de vie, son souci d’une architecture dépouillée pour ne pas distraire les moines, ce goût de la discrétion, cette rigoureuse révérence à l’ombre, exprimaient la force de sa quête de la lumière intérieure, lumière spirituelle de sa Foi.

Foi illuminative dans l’Incarnation, la Passion et la Résurrection du Christ

 MERCI

 

L’OMBRE ET LA LUMIÈRE DANS L’ARCHITECTURE ROMANE

Texte lu par Maïté Biau

 

La plupart des premières chapelles romanes sont très sombres. Les ouvertures romanes sont très étroites, comme on peut le voir ici dans la première travée.

Pour les moines la chapelle était comme un sépulcre.

Cette ombre était vaincue chaque matin avec l’apparition de la lumière du levant, par

la fenêtre centrale de l’abside. La vie surgissait avec la lumière.

Pour bien capter le soleil levant, les maîtres d’œuvre prenaient grand soin de déterminer les axes cardinaux sur le terrain afin d’implanter correctement le sanctuaire qu’ils avaient le charge de construire.

On plantait une belle perche au centre de l’emplacement de la construction et on marquait au sol l’extrémité de l’ombre du bâton au sol. Tous les matins, les rayons du soleil disaient, symboliquement, la Résurrection du Christ. L’autel était disposé de telle sorte que ces rayons venaient l’illuminer au moment de l’Eucharistie matinale.

Une finalité symbolique, qui se superposait à ce que nous venons d’entendre sur le schéma basilical. Le chœur inondé de lumière donnait vie à toute la chapelle. Le sépulcre n’était plus mort, il disait la Résurrection.

Dans le déroulement du rythme des offices des heures, les Laudes, premier office du jour, comportent le chant de la prière de Zacharie, le Benedictus, qui, après la présentation de Jésus au Temple, évoque :

l’effet de la tendre miséricorde de notre Dieu,

Grâce à laquelle nous a visités, d’en haut, le Soleil levant,

Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort,

Pour diriger nos pas dans la voie de la paix. « 

La pensée symbolique sur l’ombre et la lumière a marqué profondément le travail des architectes Romans. Ici, dans notre cathédrale, nous ne pouvons plus en lire l’expression romane.

À Saint Guilhem du Désert, la lumière de l’aube illumine l’autel. Mais il y a plus : au solstice d’été, à midi, les taches de lumière des baies de la façade Sud viennent au milieu de la nef ponctuer exactement l’axe de montée vers l’autel. Une lumière qui guide sur le chemin du salut.

À Béziers, trois églises romanes :

  • Saint Aphrodise n’a plus son chœur roman, remplacé par ce grand chœur gothique au XIVème siècle.
  • La Madeleine : deux des trois ouvertures romanes ont été agrandies au XVème siècle, mais on peut encore apprécier la lumière du Levant dans sa finalité symbolique de la venue du Ressuscité.
  • Saint Jacques : les embrasures initiales ont été élargies au XVIIIème siècle, mais on peut encore contempler le « miracle » du Levant .

Il faut surtout admirer le somptueux décor extérieur de l’abside réalisé pour donner toute sa solennité à l’entrée du Christ au matin de sa Pâque, renouvelé chaque jour. C’est cette « porte solennelle » qui justifie l’existence de cette église et en donne tout le sens pour les fidèles. Une finalité symbolique qui permet de comprendre la raison profonde de cette abside si richement parée.

 

On ne peut parler de l’architecture romane sans évoquer Bernard de Clairvaux (1090-1153).

Il va imposer à ses moines de Clairvaux une grande austérité. Il veut une architecture dépouillée dont rien ne viendrait distraire la vie des moines.

Cela aboutira à ces magnifiques abbayes cisterciennes dont la rigueur et la sobriété laissera resplendir la magnificence des proportions, les remarquables qualités acoustiques et ces subtils jeux de lumière.

Nous pouvons admirer ces précieuses qualités dans ces chefs d’œuvres que sont les trois sœurs provençales : les abbayes du Thoronet, de Sénanque et de Sylvacane.

Pour terminer cette première séquence, une citation de Saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens (5, 8) :

Autrefois vous étiez ténèbres,

et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur.

Marchez comme des enfants de lumière!

 

MERCI DE VOTRE ATTENTION

L’ÉGLISE MAISON DE DIEU

SYMBOLIQUE DU PLAN BASILICAL

Texte lu par Sébastien Kaiser

Les décideurs de la construction de nos chapelles et de nos églises étaient imprégnés d’une culture médiévale différente de la nôtre.

L’Abbé du monastère ou l’Évêque de la cathédrale, exprimaient leurs souhaits auprès du Maître d’œuvre choisi pour la construction.

Leur « commande » comportait des attentes fonctionnelles :

– les dimensions, en fonction du nombre de moines, de chanoines ou de fidèles

– les dispositions pratiques liées aux liturgies…

Mais ils demandaient que l’architecture exprime une signification symbolique liée à la mission spirituelle de l’évêque, finalité mystique de la « maison de Dieu » pour l’accueil et la prière des fidèles.

Nos cathédrales sont pétries de symboles, pour dire ces réalités éternelles promises

aux fidèles dans l’au-delà.

Pour les hommes du Moyen Âge, le monde visible était symbole du monde invisible.

L’univers créé est le symbole des réalités spirituelles.

La contemplation du monde mène à la connaissance de Dieu.

L’ordre et l’harmonie de cet univers étaient image de beauté, dans laquelle l’homme saisit la présence du Créateur.

Rappelez-vous la Genèse :

« Quand Dieu créa le monde, il le regarda
et l’ayant regardé il le jugea parfait.
L’œuvre des six jours était belle :
le ciel et la terre et tout ce qui l’ornait »

 La vie après la mort, le salut éternel, ultime but du passage sur terre, devait être obtenu pour ne pas subir les supplices de l’Enfer.

C’est donc dans ce contexte différent du notre, culturellement et socialement, que se sont réalisées nos églises médiévales. Et on en construisit un grand nombre.

Après la grande peur de l’An Mille, l’occident se couvrit d’églises.

En deux siècles, du XIème au XIIIème, dans notre région du Bas Languedoc, on a recensé la construction d’environs 5000 lieux de culte : monastères, prieurés, chapelles, églises, cathédrales… Soit une consécration tous les quinze jours !!!

On appelle communément ces édifices « les Maisons de Dieu ».

Nos églises sont le lieu du rassemblement de la communauté des Chrétiens, c’est le sens même de « ECCLESIA », en grec, qui a donné ÉGLISE. Le lieu où les fidèles sont invités à rencontrer et à demeurer ensembles avec Dieu.

Écoutons ce que nous dit Guillaume Durand.

Né à PUIMISSON en 1230, il fut chanoine de la cathédrale de Maguelone, puis enseignant de droit civil et canonique à Paris et en Italie et finit Évêque de Mende de 1285 à sa mort en 1296.

Voici ce qu’il écrit en 1284, au début de son ouvrage le RATIONAL, pour exposer la double signification d’une « Église » :

« … Il faut remarquer, touchant les Églises, que l’une est corporelle, c’est à savoir celle dans laquelle on célèbre les Divins Offices ; l’autre est spirituelle, et c’est l’assemblée des fidèles ou le peuple convoqué parles ministres du Christ, et rassemblé dans un même lieu par celui qui fait habiter dans sa maison tous ceux qui professent le même culte et les mêmes sentiments.

Et, de même que l’église corporelle ou matérielle et construite de pierres jointes ensemble ; ainsi, l’église spirituelle forme un tout composé d’un grand nombre d’hommes différents d’âge et de rang »

Il fallait donc que le bâtiment « église » témoigne du Christ, au moyen du langage symbolique de son architecture.

Avant d’évoquer les spécificités romanes puis gothiques, nous devons comprendre comment le plan de la plupart de nos églises médiévales, le plan basilical, est un symbole profond du mystère de la double nature du Christ, humaine et divine.

Dans l’antiquité, « la Basilique » était un lieu de réunion, d’assemblée, sur l’agora, plus tard sur le forum, pour traiter des affaires de la ville, parfois pour rendre la justice.

Après son accès à l’« imperium » en 311, Constantin décida de la construction de la première église monumentale à Rome. Ce fut la première Basilique Chrétienne : Saint Jean de Latran.

Elle sera la résidence du Pape pendant plusieurs siècles avant d’être établie au Vatican.  Cette basilique va devenir le modèle des églises en occident :

un rectangle, la nef, accolé à un demi-cercle, le chœur.

 Le carré représente la TERRE, l’espace de vie des hommes.

Il est tracé par les quatre directions : devant, derrière, à droite, à gauche.

Le carré « orienté » se positionne par rapport à la course du soleil (levant, midi, couchant, nuit), c’est le temps qui passe, le temps de l’histoire des hommes

 Le cercle est le symbole du CIEL

Depuis très longtemps, le cercle, figure circulaire de la voûte céleste, est devenu symbole du domaine Divin.

De dimension infinie, inaccessible, il est au-delà de l’espace. De plus, parcourez le cercle, il n’a ni début ni fin : il est hors du temps.

Hors de l’espace, hors du temps.

La juxtaposition de la terre et du ciel en un seul lieu, c’est la représentation symbolique du mystère de l’Incarnation : Jésus, une seule personne unifiant la nature humaine et la nature divine.

La nef avec son axe horizontal figure le chemin du Chrétien sur terre vers son Salut. Le pèlerinage terrestre vers le salut.

Le chœur offre son axe vertical jusqu’à la clé de voûte en « cul de four ». C’est l’axe

– ascendant de la prière des hommes vers le ciel.

– descendant du regard miséricordieux du Seigneur vers l’homme

A la jonction de l’espace-temps des hommes avec le hors du temps et de l’espace du ciel, les deux axes, de la nef et du chœur se rencontrent sur l’autel, le lieu de l’Eucharistie. 

Nous avons une confirmation éclairante de ces lectures symboliques par le chapiteau au-dessus de la chaire. Il représente les Mages venus adorer Jésus à Bethléem. À l’époque Romane, il était placé à la jonction de la nef-terre avec le chœur-ciel.

La lecture symbolique est lumineuse : c’est l’INCARNATION qui assure la promesse du lien de l’humanité avec la vie en Dieu dans l’au-delà.

 MERCI

 

PRÉSENTATION GÉNÉRALE

par Joseph Bremond

Quand vous aménagez votre appartement ou votre maison, vous faites des choix selon vos besoins, vos goûts et vos moyens.

Mais en même temps vous pensez au regard des amis que vous recevrez : vous savez que votre cadre de vie leur parlera de vous.

Pour nos églises, les commanditaires qui les ont voulues et les maîtres d’œuvre qui les ont conçues, ont, eux aussi voulu que ces sanctuaires expriment les liens entre leur apparence et les motivations profondes de leur élévation.

Vous savez distinguer les structures architecturale de diverses époques de l’histoire de l’Art.

Nous allons tenter de vous éclairer sur le langage symbolique de notre ancienne cathédrale.

Notre souhait est de vous faire découvrir, ou reconnaître, les contenus symboliques des étapes de la construction.

Ce sont des messages qui révèlent le cœur de la foi chrétienne :

Dieu est amour

Il s’est fait homme pour que l’homme soit divinisé

Pour l’essentiel, les bâtiments d’églises, proclament la double nature de Jésus Christ, son humanité et sa divinité.

Ce soir nous évoquerons successivement :

  • la symbolique du plan basilical, adopté par le plus grand nombre de nos églises d’occident
  • la lumière de la Résurrection à l’époque romane
  • la Jérusalem Céleste ogivale, lieu symbolique de la Nouvelle Alliance
  • la montée dans la Gloire de Dieu des saints patrons Nazaire et Celse, de la période baroque, réalisation effective d’une Vie après la mort.

Bonne soirée